‹ uvres de Jean RotrouChapitre 383 sur 422 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ERGASTE

JliRGASTE infortuné, depuis l'heure première

Que ton œil a joui du bien de la lumière,

Hélas! fus-tu jamais dépourvu de conseil

Jusqu'à commettre un mal à celui-ci pareil?

Etre dans le palais au milieu de la foule ,

Et ne prendre pas garde où Ménechme se coule;

En détourner les yeux, voir battre des laquais,

Un semblable malheur m'arriva-t-il jamais?

Que je manque d'esprit! que j'ai peu de prudence!

Tout son dessein étoit de perdre ma présence ,

Et d'épargner le bien que je me promettois

De boire jusqu'au soir en l'humeur où j'étois.

Qu'il s'est bientôt défait, l'extrême diligence!

Ces laquais se battoient par son intelligence,

Et, paroissant ainsi de colère enflammés,

C'étoit contre ma faim qu'ils étoient animés;

Leur colère et leurs coups se décliargeoient sur elle ,

Je portois le danger de toute leur querelle,

Et j'étois réjoui de mon propre malheur

Alors que je pensois ne l'être que du leur.

Depuis je l'ai cherché parmi toute la presse, Mais inutilement; il est chez sa maîtresse, Où je suis assuré qu'il ne réserve pas Pour la faim que je sens le meilleur du repas. Ah! que leur entretien maintenant a de charmes! Et qu'ils trouvent à rire au sujet de mes larmes ' Mais il sort, je le vois.

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