Tome I
LE VIEILLARD
Ne t'oppose jamais à ses intentions, Autorise toujours ses résolutions, Et cesse d'expliquer ses pas et ses pensées Comme tu me promis aux querelles passées ; Présente à ses regards un visage plus doux, Ne lui témoigne point un esprit si jaloux; Évite les sujets d'exciter sa colère, Et qu'à tous ses desseins ta volonté défère ; Entretiens son amour par des moyens si forts : Alors rien ne pourra vous causer ces discords, Rien ne traversera votre heureux mariage , Et nous verrons la paix régner en ton ménage^
ORAZIE.
Depuis que ces beautés ont touché ses esprits. Je ne suis qu'un objet d'affronts et de mépris ; Il y perd tout son temps, il leur rit, il les vante. Et ne me tient chez lui qu'en titre de servante. Mais qu'il craigne un malheur si mes soupirs sont vain s, Et si vous ne voulez me tirer de ses mains.
LE VIEILLARD
Souffre un peu cette ardeur dont son âme est atteinte: Crois-tu que par tes pleurs elle puisse être éteinte? Feins de ne la voir pas , chiche tes déplaisirs ; Quand son amour décroît, augmente tes désirs; Témoigne plus de feux quand les siens s'alentissent; Réchauffe tes baisers quand les siens refroidissent; Caresse-le de l'œil , et du nom le plus doux Dont la femme peut voir et nommer son époux; Parois toujours contente, et toujours enflammée; Enfin aime-le bien, et tu seras aimée.