ACTE V, SCÈNE IL 58r
Quoi qu'aient jamais produit les traits que vous jetez, Quelque insigne froideur qui cède à vos amorces ^ Cette seule défaite a signalé leurs forces; Jamais dans un esprit on n'a vu tant de feu. Et jamais la raison ne combattit si peu; Vos charmes ravissans m'ont forcé de me rendre Sans l'avoir consultée, et sans m'oser défendre..
MESSE NIE, à part.
Oui son amour est grande : ô le parfait amant l Je meure s'il sait rien après ce compliment; Partout où nous allons , il dit la même chose ; Mais après ce discours il a la bouche close..
ÉROTIE,
J'admire fort, monsieur, ce changement soudain ^ Je croyois n'être plus qu'un objet de dédain ; Et vous voyant sortir avec tant de colère, Je ne me flattois plus de l'espoir de vous plaire. Parlons de ce poinçon que je vous ai rendu , Le cherchez-vous encore , où l'avez-vous perdu ?
MÉWECHME Sosicle»
Il est chez un orfèvre , et dès demain j'espère De le voir dans ce poil , si le soleil m'éclaire. Mais que je suis confus du discours que j'entends î Madame , exemptez-moi de rêver plus long-temps : Sur quoi que je médite et que je m'examine , J'ai toujours révéré votre beauté divine; Je n'ai vu ces attraits que d'un œil amoureux, Et que dans le respect qu'on doit avoir pour eux.
ÉROTIE.
Je ne puis que comprendre en tout cet artifice; Mais entrons là-dedans que je vous y punisse.
( Ils sortent. )
MESSÉNIE, seul.
Dieux! le malheur extrême où mes jours sont réduits! Dure condition que l'état où je suis ! Il va cueillir les fruits où son désir le porte, Durant que je m'amuse à garder cette porte; Il considère peu le froid ou la chaleur, Il me croit bien partout et rit de mon malheur. -.Sous quel astre inclément le ciel m'a-t-il fait naître? Que n'est-il en ma place, et que ne suis-je maître? Que le ciel eut pour moi d'aveugle aversion, De ne me tirer pas d'une autre extraction! Que je porte d'envie à ses bonnes fortunes! A-t-il des qualités qui ne me soient communes? A-t-il meilleure mine, est-il plus généreux? Pourquoi ne suis-je pas également heureux? S'il l'emporte sur moi, c'est d'un peu d'apparence: Les habits seulement font notre différence; Et pour le rare exploit que j'ai fait en ces lieux. Le superbe qu'il est me dût voir d'autres yeux: La valeur en ce siècle est bien mal reconnue; Le vice va couvert et la vertu va nue. Le monde est abruti, ses inclinations Ne donnent plus de prix aux belles actions; L'esprit n'a point de rang, le sort et la naissance Donnent toute la gloire et toute la puissance. Mais à quoi serviront ces doctes entretiens? Que m'arrivera-t-il des discours que je tiens? Mon sort ne peut changer, et toute ma science Me profitera moins qu'un peu de patience.
(Il sort.)