‹ uvres de Jean RotrouChapitre 69 sur 422 · ACTE I, SCENE IIL io · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IIL io

LE ROI

Cher Fabrice, il est vrai que j'adore ses charmes; Mais quelle déité n'auroit mis bas les armes, Et quel esprit si fort auroit vu ses appas, Et se pourroit vanter de ne les aimer pas?

FABRICE

Moi qui m'estime avoir une âme naturelle. Je la vois tous les jours sans soupirer pour elle ; Et, quoi que de beaux yeux fassent pour me trahir, C'est bien aimer, pour moi , que de ne pas haïr; Je ne sens cet instinct ni ce dieu qui vous pousse , Et je n'ai jamais vu ni ses traits ni sa trousse. Avoir donné son cœur, c'est être en mauvais point: Moi, j'ai besoin du mien, et ne le donne point.

LE ROI

Et moi, plus libéral, je ne m'en puis défendre ; Mais celle qui le tient, un jour me le doit rendre : Une heure de plaisir^ après ces maux soufferts. Eteindra tous mes feux et rompra tous mes fers. Voyons ce beau sujet de mes douces furies, Et donne pour un temps trêve à tes railleries.

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