‹ uvres de Jean RotrouChapitre 77 sur 422 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

LE ROI, FABRICE

FABRICE, courant.

Sire , heureuse nouvelle !

LE ROI

Agréable transport!

FABRICE

Votre maîtresse est seule, et vous désire fort.

LE ROI

O céleste discours! réponse favorable!

Ne perdons point, Fabrice, un temps si désirable , Je vois qu'elle a l'esprit, comme le teint, sans fard; Allons , marchons ! courons !

FABRICE

Mais, sire, il est bien tard; Et c'est bien à regret qu'il faut que je vous voie , Par un autre discours, modérer votre joie. Celle que vous servez n'est plus si près de vous : Tantôt vos entretiens nous ont fait un jaloux. Aux lieux où l'a son père aujourd'hui fait conduire, Je doute si le jour seulement y peut luire; Tant vos jeunes ardeurs lui causent de glaçons, Et tant votre visite augmente ses soupçons !

LE ROI

Le traître avance peu par cette humeur craintive Qui lui fait captiver l'objet qui me captive. Bientôt ce foible esprit saura qu'on peut encor Forcer des murs d'airain avecque des flots d'or ; Et, puisque Lihane à mes vœux est propice. Nous saurons bien par l'art réprimer l'artifice.

(Il sort.) FABRICE seul.

Quel avantage, ô dieux! Fabrice a sur des rois,

Et combien je me ris d'amour et de ses lois!

Ce prince à cet enfant voit son âme asservie;

Il forme ses desseins, il gouverne sa vie.

Il trouble sa raison, il engage sa foi.

Et peut autant sur lui que Bacchus peut sur moi.

FIN DU PREMIER ACTE

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