‹ uvres de Jean RotrouChapitre 84 sur 422 · ACTE II, SCÈNE YI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE YI

Mais j'ai bien d'autre part de quoi vous réjouir: Si votre humeur se plut autrefois à m'ouïr, Par le commandement qu'hier vous fîtes faire , Beaucoup sont en état de ne vous pas déplaire. Tancrède est prisonnier, Alexandre arrête, Et cet objet meurtrier de votre liberté. Quoi, sire, vous traitez vos rivaux de la sorte! Si quelque passion désormais me transporte, La peur d'un tel affront éteindra mes amours ; Où nous serons rivaux, je céderai toujours.

LE ROI

Ne porte plus, Amour , ton bandeau que de honte, Puisqu'un de tes sujets aujourd'hui te surmonte, Et ne te vante plus du pouvoir que Cypris T'avoit pour apanage acquis sur les esprits: Ne me reproche plus que ces chaînes sont fortes, Puisque pour mon sujet aujourd'hui tu les portes; Ton arc est défendu, ma maîtresse est aux fers. Et vous souffrez tous deux les maux que j'ai soufferts.

(A Fabrice. )

Ami, cher confident, où mon espoir se fonde.

Pour un si doux rapport te dois-je moins qu'un monde ?

FABRICE

Quoi que votre bonté me daigne présenter, Vous me verrez d'humeur facile à contenter; Me donnant seulement un royaume , un empire , Je n'importune plus votre majesté, sire.

LE ROI

Je trouve tes désirs un peu trop délicats^ Et rabaisse le don à deux mille ducats>

FABRICE

O combien j'aime en vous cette noble coutume î Sire, tout de ce pas j'apporte ici la plume : Car nous ne voyons plus , parmi vos financiers , La candeur qui parut dessous vos devanciers : Et je n'obtiendrai d'eux ni faveur, ni finance , Si votre majesté n'en signe l'ordonnance.

LE ROI

Il est vrai qu'ils ont tort , si Fabrice a raison :

Filène, cependant, courez à la prison,

Que là ces deux captifs sûrement on conserve.

Qu'on explique leurs pas, que leurs yeux on observe.

Qu'on n'y laisse aborder ni parens , ni valets ,

Et faites amener Liliane au Palais.

(Filène sort.)

Qu'on apporte à laver.

LÉANDRE

Ail ! parole opportune !

Ke laisse pas, Léandre, échapper la Fortune; C'est ici qu'il te faut être prudent et prompt:

(Il prend le bassin. )

Mais tenant ce bassin, je la tiens par le front. Et, si je puis changer l'anneau qu'il y va mettre, Le ciel ne me pouvoit davantage promettre.

LE ROI, lavant^ et ajant mis Vanneau sur le bassin. Amans, qu'on ne verse plus d'eau, Qu'on ne se plaigne ni soupire; Par la prison d'un œil si beau, L'amour a perdu son empire.

iLiK'NJi^'E ^ prenant l'anneau^ et tout bas. Léandre, ne verse plus d'eau, Ne crains désormais, ni soupire;

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