‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 172 sur 547 · CHAPITRE VlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VlII

JOSTmCATION DE LA VARIÉTÉ DES PEINES.

£t qu^iam variant morhi, variabimiu artes : Mille mali species , mille saltUU erunt.

Noua avons d^à vu que le choix des peines était le résultat d'une multitude de considérations, qu'elles devaient être susceptibles de plus et de moins, égales à elles-mêmes, conunensurables, analogues au délit , exemplaires , économiques , réformatrices, populaires, etc.

Nous avons vu qu'une seule peine ne pouvait jamais avoir toutes ces qualités, qu'il fallait les combiner, les varier, les assortir pour trouver la composition dont on avait besoin.

Si un code fondé sur ces principes n'était qu'en [irojet, on pourrait le regarder coiAme une belle spéculation impossible â réaliser. Ces hommes froids et indifférents, toujours armés d'une incrédulité désespérante quand il s'agit du bonheur de Thumanité, ne manqueraient pas ce reproche banal , si, commode à la paresse et si flatteur à l'amour-propre. Mais cet ouvrage est fait, ce plan est exécuté. un code pénal a été construit sur ces principes , et ce code, où l'on s'est assujetti à l'observation de

toutes ces règles , n'a point de qualité plus remaf-* quable que la clarté, la simplicité et la précision ^ Toutes les législations pénales connues jusqu'à pré' sent , sans avi*ir ^«ccompîi la mai lié de l'objet , sont infiniment plus embarrassées, plus difficiles à saisir et plus vagues.

Il a fallu cltcrcber une gr.>nde variété dans les peines pour les adapter a chaque délit, et inventer de nouveaux moyens poTtr les rendre exemplaires et caraclérislii|ijes. Mais les mêmes personnes qui eonviendjTont, vu jiioposiiic>n g:énérale , que ces deux qualités sikiL eiisrnltt'lles , ne laisseront pas de «e révolter peut-être quand il s'agira de l'application. Lès peines excitent naturellement l'antipathie et même l'horreur , quand on les considère séparément des délits. D'ailleur», les suffrages, pour un objet soumis au sentiment et à l'imagination , sont tellement flottants et capricieux, que la même peine qui excitera l'indignation d'un individu , comme tro^ sévère, sera bhlmée par un autre comme trop légère et trop pAu efficace.

Je ne veuvici que prévenir une objection. // ne faut pas croire qu'un système pénal soit cruel pour être var-fé. La multiplicité ou la variété des peines prouve l'industrie et les soins du législateur. N'avoir qu'une espèce ou deux de peines , c'est un effet de l'ignorance des principes et du mépris barbare de toutes les proportions. Je pourrais citer des États dans lesquels le despotisme est bien fort et la civilisation bien peu avancée, où l'on ne connaît, pour ainsi dire, qu'un seul mode de punir. Plus on a étudié la nature des délits, celle des motifs , celle deftcaractèfes, la dtVersité des circonstances , plus on seq^ la nécessité d'employer contre eux des moyens difi^érents. '

Les délits, ces ennemis intérieurs de la société, qui luiiont u§e guerre opiniâtre et variée , réunissent tous les instincts des animaux malfaisants : les uns emploient la violence, le» autres ont recours aux stratagèmes; ils savent revêtir une infinité de formes, et entretiennent partout des intelligences secrètes. Si on les a combattus sans les réduire, si cette révolte subsiste fbujours, il faut s'en prendre surtout à l'imperfection de la tactique légale, el des instruments dont on s'est servi jusqu'à présent. Certes, Il s'en faut bien qu'on ait employé amant d'esprit, de calcid, de prudence pour défendre la société que pour l'attaquer, et pour prévenir les délits que pour les commettre.

Pour estimer si un code pénal est. rigoureux , voyez comment il punit les délits les plus communs, ceux centre la propriété. L'es lois ont été

1 Voyez , dans ce volume , le Discours préliminaire. Ce code n^est pas achevé*

Page 1