‹ Œuvres de Jérémie Bentham (volume 2)Chapitre 25 sur 547 · Définition arùHraire n''estpas raison · texte numérisé non relu

Définition arùHraire n''estpas raison

Rien n'est plus commun parmi If s jurisconsultes elles écrivains poliiifjues, que de fooder des raisonnements et même de construire de longs ouvrages sur, des définitions purement arhitrarres» 'Voui Tartifice consiste à prrudre un mol dans un se n.^ particulier, éloigné lie son usa^je vulgaire, à employer ce motcoq^me on ne Ta jamais employé, «*t n derou-

* Voyez plus loin le Traité des Sophismet poiilijues.

ter les lecteurs par une apparence de profondeur et de mystère.

Montesquieu lui-même est tombé dans ce vice de raisonnement, dès le début de son ouvrage. Voulant définir la loi , il procède de métaphore en métaphore : il rapproche les objets les plus disparates, la Divinité, le monde matériel ; les intelligences supérieures, les bêtes et les hommes. On apprend enfin que les lois sont des rapports, et des rapports étemels. Ainsi la définition est plus obscure que la chose à définir. Le mot loi, dans le sens propre, fait naître une idée passablement claire dans tous les esprits ; le mot rapport n'en fait naître aucune. Le mot loi y dans le sens figuré, ne produit que des équivoques, et Montesquieu, qui devait dissiper ces ténèbres, les redouble.

Le caractère d'une fausse définition c'est de ne pouvoir pas être employée d'une manière fixe. Un peu plus loin (ch. m) l'auteur définit la loi autrement ; La loi en général , dit-il, est la raison humaine, en tant qu'elle gouverne tous les peupies de la terre. Les termes sont plus familiers , mais il n'en résulte pas une idée plus claire. S'ensuit-il que tant de lois contradictoires, ou féroces, ou absurdes, dans un état perpétuel de changement, soient toujours la raison humaine? Il me semble que la raison, loin d'être la loi, est souvent en opposition avec elle.

Ce premier chapitre de Montesquieu a produit bien du galimatias. On s'est creusé l'esprit pour chercher des mystères métaphysiques où il n'y en a point. Beccaria lui-même s'est laissé entraîner par celte notion obscure des rapports. Interroger Un homme pour savoir s'il est innocent ou coupable , c'est le forcer, dit-il, de s'accuser lui-même. Ce procédé le choque , et pourquoi? parce que, selon lui , c'est confondre tous les rapports *. Que veut dire cela? — Jouir, souffrir, faire jouir, faire souffrir, foilà des expressions dont je connais le sens ; mais suivre des rapports et confondre des rapports, c'est ce que je n'entends point du tout. Ces termes abstraits n'excitent en moi aucune idée, ne réveillent aucun sentiment. Je suis d'une indifférence absolue sur les rapports; — les plaisirs et les "peines, voilà ce qui m'intéresse.

' Rousseau n'a pas été content de cette définition d$ Montesquieu : il a donné la sienne, qu'il annonce comme une grande découverte : La loi, dit-il , est l'expression de la volonté générale. Il n'y a donc point de loi partout où le peuple en corps n'a pas parlé; il n'y a de loi que dans une démocratie absolue : il a supprimé par ce décret suprême toutes les lois existantes, il a frappé de nullité toutes celles

* Chap. xii : De la Question,

FAUSSES MANIÈRES DE RAISONNER EN MATIÈRE DE LÉGISLATION

qui se feront dans la mile chez tous les peuples du monde, excepté peut-être daus la république de Saint-Marin.

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