SÉPARATION DU DÉBAT ET DU VOTE
Débattre et voter sont deiiX' opérations distinctes, La dernière ne doit commencer qu'gprès que la première est finie.
Cette règle est fondée sur deux raisons.
1® Prévenir des décisions erronées par défaut de connaissance.
Voter pour ou contre , c'est prononcer , c'est exercer l'office d'un juge : parier pour ou contre, c'est plaider, c'^t exercer la fonction d'u» avocat. Voter avant que la délibération soit terminée, c'est juger sans avoir recueilli toutes les preuves, sans, posséder tous les documents qui peuvent se pré-' senter dans le cours du débat. N'eùt-on plus qu'un seul orateur à enlendre . il est impossible de décider d'avance s'il ne fournira pas quelque argument nouveau , qui aurait fait changer d'avis à ceux qui ont yoté avant qu'il parlât. •
2** Prévenir des décisions contraires à la volonté réelle de l'assemblée.
Supposez une série de membres qui parlent dans un ordre fixe, et qui votent chacun à leur tour. Le premier vote pour la proposition : tous ceux qfù\ viennent après lui , votent dans le même sens. Le dernier de tous vote dans un sens contraire, en se foiiiJUint sur des faits ou des arguments quiVnt échappé à tous les opinants anj^érieurs, mais gui portejifl la conviction dans tous les espr^s. (fuvUe en est la conséquence ? On rend une déûisiod qui a
pour elle, en apparence, t#utes les voix moins une, et qui, en réalité, est contraire à la volonté unankue de l'assemblée.
Les Anglais sont tellement a<M;ou(umés â séparer l'opération de débattre et celle de voter, qiil'Us concevraient à peine qu'on ait pu se départir de cette règle. Mais elle était absolument ignorée en France dans les anciens états généraux , dans les parlements , et dans les assemblées provinciales. Dans les états généraux de 1789, les premières opérations se firent par un appel nominal de tous, les membres, qui étaient appelés à débattre et à voter en même temps.
Il en résultait deux absurdités manifestes.
1*> La chance que pouvait avoir un individu de gagner des partisans à son opinion, était moins proportionnée à la force'^e ses arguments , qu'au rang qu'il occupait dans la liste des opinants. Il y avait six cents membres dans le tiers état. Celui qui parlait le premier pouvait influer sur cinq cent quatre-vingt-dix-neuf. Le second ne pouvait plus influer que sur cinq cent quatre-vingt-dix-huit, et ainsi de suite jusqu'au dernier, qui ne voyait plus personne que lui-même qui pût céder à l'impression de son éloquence.
S^ La chance qu'avait un individu de former une opinion éclairée, était en raison inverse delà chance qu'il avait de gagner des partisans à son opinion. Celui qui pouvait infllier sur toute l'assemblée ne '" pouvait recevoir des lumières de personne. Celui qui avait pu profiter des observations de toute l'assemblée, ne poufpil pfUs les rendre utiles à aucun autre.
Ces absurdités étaient trop saillantes pour n'avoir pas été aperçues. Aussi, dans plusieurs corps politiques où l'on avait adopté cette méthode inepte et ridicule, on avait cherché à y remédier en établissitit deux tours d'avis : en sorte que si , dans le ' premier tour , on avait enteudu Un avis contraire qui parût préférable au sien , on pouvait , dans le second tour , abandonner le sien et se ranger à l'autrCf On le pouvait sans doute , mais le /aisait-on? Mallirtiioustnn'ut, îl nV>4 pas ^i facile à l'ofgueil humaiu de faire Vavm pu lilicïï'une erreur; et, d'ailleurs, h\ st-ulc crainte irtitre cou va in eu peut nuire à l'effet iWs meflteurs ar||umeiils : on les écoule.avec prèviuUon; on Hi en même kiiips juge et partie. ^
Comme ces deux opépations » (klwiUrc et voter, étaient confondues, le langage qui les exprime présentait la, même confusion, jivis , opinion, vote, délibération , s'ott^rent dans tous les procès-verbaux comme synonymes ; on ne sait où l'on en est ; c'est unxhaos perpétuel.
* Dans toutes les science», les premières vue^ sont