SOPHISME DE LA MARCHE GRADUELLE
tain nombre d'opérations qui peuvent se faire tout à la fois ou successivement, sans intervalle ou avec de courts intervalles. Le sophisme consiste à jeter à la traverse Pidée d'une marche graduelle, à vouloir séparer ce qui devrait faire un tout , à rendre la n^esure nulle ou inefficace en la morcelant.
Cet expédient est un des plus adroits et des plus sûrs. Tant qu*on reste dans les termes généraux, il est facile de donner à cet argument une af^arence plausible. Tout se fait par degrés dans la nature. Tout doit aller par degrés dans la politique. La marche graduelle est escortée de toutes les épithètes flalteuses, elle est tempérée, elle est |>aisible, elle est conciliante. lia marche opposée est téméraire, elle est alarmante; elle a contre elle Texperience universelle. Un orateur qui sait manier ces lieux communs et qui ne spécifie rien , peut n*en jamais iiDir.
Dire que des opérations doivent se suivre graduellement, c'est dire qu'elles doivent se suivre dans un ordre tel qu'elles s'appuient et se facilitent réciproquement : c'est dire qu'on doit commencer un édifice par la base et non par le sommet. Reprocher en ce sens à des opérations politiques de n'être pas graduelles , c'est faire l'objection la plus raisonnable *,
Quelle est donc la nature du sophisme en question? 11 consiste à abuser de la juste faveur attachée à ce sens du mot graduel, pour tirer de ce mot seul une excuse, un prétexte j)our ne pas faire ou ne pas finir des opérations contre lesquelles on n'a rien de solide à objecter.
Supposez cinq ou six abus qui ont tous besoin d'être réformés avec la même promptitude et qui peuvent tous Tètre à la fois. Le sophisme , sans autre raison que la magie du mot graduel j permet de corriger l'un, et ne soufPre pas qu'on attaque les autres.
La justice à laquelle le riche et le pauvre doivent avoir un droit égal est mise , par les frais de procédure, hors de la portée des neuf dixièmes du peuple. Vous proposez la suppression des taxes juridiques. On ne conteste pas le mal , on ne conteste pas le remède. Mais avec le charme de trois syllabes , avec le simple son du mot graduel, on réduira d'abord la réforme à la suppression d'un dixième de ces frais inutiles , et ensuite d'un autre
'Telle fut la grande erreur des révOlulioDDaires français, lis commencèrent par décréter ce quMIs appelaient des principes tel ils ne ffouvaient plu» revenir sur leurs pas pour organiser le gouverpement. Hsdéiruisaienl Pordrejudiciaire avant d*en avoir établi ua nouveau. Ils abolissaient les impôts avaotd*avoir pourvo à leur ren^placement,elc. ,e(c.
Je me promenais au Palais-Royal avec un tles membres les plui célèbres de l*assemblée constituante. Notre attention
dixième , de man f ère que , dans un siècle ou deux , la justice sera enfin accessible à tout le monde.
Vous avez peut-être dans votre code cent modifications de délits portant des peines capitales qu'on n'exécute jamais. On vous proposede passer l'éponge sur toutes ces lois d'un temps d'ignorance et de barbarie. Le sophisme ne permet de les attaquer que l'une après l'autre, afin que vous soyez cent ans à mettre vos lois au niveau de votre civilisation actuelle.
Supposez un homme â qui sa fortune ne permet plus d'entretenir un seul cheval sans s'endetter, mais qui était accoutumé à en avoir dix. Pour transférer, sur ce théâtre domestique , la sagesse et le bénéfice du système graduel , recommandé sur le grand th<fâlre politique, voici le langage que vous àts^z tenir à votre ami ruiné. Employez une année à connaître quel est celui de ces chevaux dont vous devez d'abord vous défaire ; l'année suivante , si vous avez pris votre parti , vous ferez le sacrifice d'un ou de deux ; et, après avoir ainsi établi votre réputation d'économie, vous irez votre train comme à l'ordinaire, vous ganlerez vos chevaux et vos dettes.
Ceux qui sont gagnés par ce sophisme se laissent tromper par quelque comparaison , par quelque métaphore qui hnv \mH\'n\v Tîm^ige d^inr catnstrophe physique, n':^iilumt d'tiij txch de célérité; un malade tué p;ir tU-i^ %in\i}w\% trop jironiptes; un char emporté du II s lîf^S précipices par des coursiers fougueux; un triis^rarr wiibuuîrj^é pour avoir déployé trop de VusliN d iiiïi un It^mps d'orage : mais ils ne font pas yumutïn fjue toutes cts expressions figurées peuvent se roloripiiT conlre eus , ijuVKf* supposent toutes un degré d'imprudence extraordinaire , et (|ue , si la mesure en question pouvait justifier l'application d'une de ces métaphores , son absurdité serait démontrée.
Les amis d'un plan de réforme savent très-bien tout ce qu'ils ont à craindre du mot graduel; et c'est souvent une affaire de nécessité de se prêter à la faiblesse du grand nombre , en morcelant des opérations pour en assurer le succès.
Vous aurez , par supposition , dix abus â attaquer : les dix abus auront , chacun dans le siège même de la législaUire, leurs protecteurs intéressés. Attaquez-les en phalange , tous se réunis-
s*était filée un moment devant un magasin , à considérer la variété des pendules et de leurs ornements emblématiques. Une de ces figures repréientait le Temps , tenant la faux d*une main et une clepsydre de Tautre.tc "Nout avons bien « pris sa fauXj me dit-il d*un ton dMospiré, mais nous <( n'avons pas pris son horloge. » C^était le comte de Mirabeau qui prononçait ce jugement sur rassemblée, environ deux mois avant sa mort.
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