SOPHISME QUI TEND Â CONFONDRE LES HOMMES ET LES MESURES
succès momeDtaaé , mais on sème pour le futur ; c'est le gain d*un poste d*où Ton combat arec plus d'avantage. Le ministère, tout Tîctorieux qu'il peut être dans te résultat , sent bien ce qu'il perd dans l'opinion : ses amis se refroidissent, et ses antagonistes prennent courage. Il pourra dire , comme Pyrrhus : « Encore une Tictoire comme celle-ci, et nous sommei perdus. »
En attaquant de bonnes mesures, un parti couK le risque ultérieur de contrarier ses propres fins. 11 se met dans une espèce d'impuissance de faire lui-même le bien qu'il a repoussé quand il était offert par ses ennemis. Vient-il à succéder à son pouToir , il se trouve embarrassé par ses opinions antérieures , et souvent forcé de se contredire. Il est obligé", par exemple , de maintenir des modes d'impôt qu'il avait attaqués, et l'attente du public trompé se tourne en reproches amers auxquels il est difficile de répondre.
Tout bien examiné, la candeur est la plus saine politique, celle qui sert le plus à la longue. Louer un adversaire quand il le mérite , c'est acquérir un fonds de crédit qu'on peut faire valoir contre lui quand il se met dans son tort. Les coups feront plus d'impression quand ils ne seront pas portés à l'aventure. On entend souvent dire eif Angleterre : u 8i l'opposition était à la place du ministère , elle ferait ce qu'elle blâme : si le ministère était à la place de l'opposition, il attaquerait ce qu'il justifie.» Ce jugement , plus ou moins vrai , se fait comme par instinct; et il est fondé sur ce plan d'attaque personnelle, souvent incompatible «vec la bonne foi.
T a-t-il quelque raison particulière en Angleterre qui nécessite l'existence d'un parti et d'une coopération de ce parti, non contre telle on telle mesure, mais contre Tadministration en général? C'est une question très-curieuse qui ne pourrait se résoudre qu'en examinant si l'influence royale est portée trop loin , si le parlement n'est pas trop indépendant de la volonté nationale. Quand on en conclurait â la nécessité d'un parti , le résultat n'en serait pas que ce fût là le meilleur régime politique, mais que c'est un remède nécessaire dans Fétat actuel des choses. Les observations qu'on a présentées dans ce chapitre n'en seraient pas moins fondées; elles tendraient même à donner à ce parti une direction plus juste et plus avantageuse.
Quand on adopte, en système, le plan de guerre personnelle , on dirige ses attaques non vers ce qui est le plus pemicieuxy mais vers ce qui est le plus itnpopulcUre.
On laisse en repos les grands abus, les mauvaises lois, les institutions défectueuses, parce qu'il y a peu de popularité à espérer de ce genre d'attaque : mais on se jette sur des accidents malheureux, sur de petites transgressions , sur àe% fautes d'imprudence ou d'ignorance, sur ce qui peut exciter Taotipathie contre des individus.
Un parti est, sous un point de vue, un gardieo très-vigilant et très-actif; mais si son principal objet est de succéder au pouvoir, il ne voudra pas diminuer la valeur de la succession. 11 aura un intérêt dans le patrimoine des abus, et les regardera d'avance comme le fruit de la victoire.