COMBIEN DE CONTRACTANTS
Entre combien de personnes ce contrat doit-il subsister à Igi fois? En d'autres termes, doif^on tolérer la polygamie? La polygamie est simple ou double. La simple est ou polygynie, multiplicité d'époustîs, ou pofyandrie, multiplicité d'époux.
La polygynie est-elle utile ou nuisible? ToQt ce qu'on a jamais pu dire en sa faveur se rapporte à certains cas particuliers , à certaines circonstances passagères , lorsqu'un homme, par les maladies de sa femme , serait privé des douceurs du mariage , ou loi*sque , par sa profession , il serait obligé de diviser son temps entre deux demeures, comme un patron de vaisseau , etc.
Qu'un tel arrangement fût quelquefois qpnvenable à f hdvime , cela se peut ; mais il ne le serait jamais aux femmes. Pour chaque homme favorisé, il y aurait U)ujours*deux femmes dbnt les intérêts seraient sacrifiés.
1" L'effet d'une telle licence serait d'aggraver l'inégalité des conditions. La supériorité de richesses n'a déjà que trop d'ascendant, et cette institution lui en donnerait davantage. Tel riche, traitant avec une fillcsans foftune , se prévaudrait de sa position pour se ménager le droit de lui donner une rivale. Chacune de ses femmes se trouverait réduite à la moitié d'un époux , tandis qu'elle aurait pu faire le bonheur de tel homme qui, eh conséquence de cet arrangement ii4qil^> est privé d'une compagne.
2«» Que deviendrait la paix des familles ? Lés jalousies des épousts rivales se propageraient parmi leui^ enfants, lis formeraient deux partis opposés, deux petites armées, ayant chacune â^eur tète une protectrice également posante , au moins par ses droits ; quelle scène de contentions ! quel acharne-
ment 1 quelle animosité! De l'affaiblissement des nœuds fraternels résulterait un affaiblissement pareil dans le respect filial. Chaque fils verrait dans son père le protecteur de son ennemi. Tous ses actes de bonté ou de sévérité, interprétés par des préventions opposées , seraient attribués à des sentiments injustes de faveur ou de haine. L'éducation de la jeunesse serait ruinée au milieu de ces passions hostiles , sous un système de faveur ou d'oppression qui corromprait les uns par la rigueur et les autres par l'indulgence. Dans les mœurs orientales, la polygamie subsiste avec la paix; mais Tesclavage prévient la discorde : un abus en pallie un autre ; tout est tranquille sous le même joug.
Il en résulterait pour le mari un accroissement d'autorité. Quel empressement à le satisfaire ! Quel plaisir de devancer sa rivale dans un acte qui doit plaire a l'époux ! Serait-ce un mal ou un bien? Ceux qui, par une basse opinion des femmes, s'imaginent qu'elles ne sauraient être trop soumises, doivent trouver la polygynie admirable. Ceux qui pensent que l'ascendant de ce sexe est favorable à l'adoucissement des mœurs , qu'il augmente tous les plaisirs de la société, que l'autorité douce et persuasive des femmes est salutaire dans la famille, doivent trouver cette institution très-mauvaise.
II n'est pas besoin de discuter sérieusement la polyandrie ni la polygamie double. On aurait même trop dit sur le premier point , s'il n'était bon de montrer les véritables bases sur lesquelles les mœurs sont assises.
SECTION VIL
AVEC QUELLES FORÏfALITéS?
Les formalités de ce contrat doivent se rapporter à deux objets ; 1° Constater le fait du consentement libre des deux parties et de la légitimité de leur union. â<* Notifier et constater la célébration du qïariage pour l'avenir. Il faut, de plus, exposer aux deux parties contractantes les droits qu'elles vont acquérir, et les obligations dont elles vont se charger d'après la loi.
La plupart des peuples ont mis une grande solennité à cet acle, et il n'est pas douteux que des cérémonies qui frappent pagination ne servent à imprimer dans l'esprit la Forcé et la dignité du contrat.
En Ecosse, la loi , beaucoup trop facile , n'exige aucune formalité. Il suffit, p^ur rendre un mariage valide, d'une décl^atioa' réciproque de rhomme et Je la femme, en présence d'un témoin. Aussi est-ce sur la frontière d'Ecosse , dahs un village nommé Gretna Greetij que les minc^ifrs d'Angleterre, im-
DU MARIAGE
patients du joug , Tont s'émanciper par un hymen impromptu.
En instituant ces formes, il faut éviter deux dStïgers : 1" Celui de les rendre assez embarrassantes pour empêcher un maiiage lorsqu'il ne manque ni liberté de conscnlement, ni connaissance de cause. 2" Celui de donner aux personnes qui doivent concourir à ces formalités le pouvoir d'abuser de ce droit, et de s'en servir à quelque mauvaise fin.
Dans plusieurs pays, il faut s'ennuyer longtemps
dans le vestibule du temple avant d*arnver à Tautel. Sous le til«e de fiancés y on porte le^chaloas de cet engagement sans en avoir les avantage*. A quoi sert ce hors-d'œuvre, qu'à multiplier les embarras et à tendre des pièges? Le code Frédéric est bien chargé, à cet égard^de contraintes inutiles. Le droit anglais, au contraire, a embrassé, p^ar celte fois, le parti de la simplicité et de la ckirté. On sait à quoi s'en tenir. On est marié ou on De l'est pas.
PRINCIPES