Simplicité dans la description
Un mode de punir doit être aussi simple que possible dans sa description. Il faut que tout y soit intelligible, et intelligible non-seulement pour les personnes éclairées , mais pour le vulgaire le plus ignorant.
On ne peut pas toujours s'en tenir à un mode simple ; il y a bien des délits où la peine sera composée de plusieurs parties, d'une amende pécuniaire , d'une peine corporelle , d'un emprisonnement. La règle de la simplicité doit céder à des
» Senec, De clem,y cap. xxii.
DES QUALITÉS DÉSIRABLES DANS LES PEINES
considérations supérieures. Je la place ici pour avertir d'y avoir égard, et de s'en tenir le plus près possible. Plus les peines sont complexes , plus il est à craindre qu'elles ne se présentent point en entier à l'individu au moment de la tentation. De leurs différentes parties, il n*aura jamais connu les unes, il aura oublié les autres. Elles entrent toutes dans la peine réelle, et n'entrent pas toutes dans la peine apparente.
La dénomination de la peine est un objet impor* tant. Un nom obscur répand un nuage sur une masse de peines que Timagination ne peut plus saisir distinctement.
La loi anglaise est souvent défectueuse sous ce rapport. Une félonie capitale renferme différents lots de peines, la plupart inconnues et par conséquent inefficaces. La félonie avec bénéfice de clergie est également obscure; la menace de la loi ne porte à Tesprit aucune idée distincte : la première idée qui s'offre à une personne non instruite, c'est qu'il s'agit d'une récompense. Le prœmunire n'est pas plus intelligible : ceux qui entendent le mot latin sont bien loin de comprendre la peine qu'il dénonce.
De pareilles énigmes ressemblent à celles du Sphinx : on était puni pour ne les avoir pas devinées.