‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 227 sur 468 · DE LA SANCTION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

DE LA SANCTION RELIGIEUSE

de passer pour menteur s'il est découvert. Le dilemme 9 quelle que soit l'occasion , peut jeter dans la plus grande perplexité ; et la crainte de tomber dans uùe situation si cruelle est , pour quiconque sait réfléchir , une des plus puissantes sauvegardes de la Tertu.

Il est un cas particulier oh la véracité n'a pas le même secours à attendre de la sanction populaire : une corporation , un partie une secte , une profession 9 peuvent avoir des intérêts communs à tous leurs membres , mais des intérêts hostiles au corps de la nation; et à chaque association de cette nature correspond une portion de la sanction populaire. Il y aura donc des faussetés accréditées, ou tolérées, pour protéger la petite société contre la grande.

On a observé depuis longtemps qu*il règne entre les voleurs une sorte d'honneur et de foi ; mais cet honneur n'est ni plus ni moins qu^une disposition à poursuivre cet intérêt qui les unit. La grande communauté a sa sanction populaire , qui embrasse tousT les intérêts : les diverses communautés de voleurs , de contrebandiers , de malfaiteurs connus ou non reconnus, ont aussi une portion de la sanction populaire pour eux, et pour eux seuls ^

Si la sanction morale opère avec force en faveur de la véracité dans les relations d'homme à homme, dans le commerce ordinaire de la vie , elle s'applique plus fortement encore au témoignage judiciaire. Elle se proportionne à l'importance des causes , à la solennité des occasions , à la réflexion qu'on a droit d'attendre de celui qui est appelé à influer sur les décisions des juges et sur les premiers intérêts de la société.

Il faut observer toutefois que la sanction populaire est bien disposée à se relâcher de sa sévérité lorsqu'il est question de lois qui blessent l'opinion publique , et qu'il s'agit de favoriser des accusés qu'on regarde comme des victimes de la tyrannie , ou qu'on veut échapper à un sort trop rigoureux. Les témoins cachent la vérité en partie , ou même la dissimulent entièrement. Ces mensonges d'humanité sont traités avec indulgence ; et ce ne sont pas seulement les témoins qui cherchent à afi^aiblir leur témoignage, ce sont les jurés eux-mêmes qui ont recours à des équivoques , à des faux-fuyants , et qui sortent d'une cour de justice comme en triomphe, après un mensonge authentique. Le grave Blackslone n'a pas craint de donner à des actes de cette nature la dénomination adoucie de parfures miséricordieux.

i Hume a observé que Phomine eai généralement plua lM>DDéte daot ion caraclère particalier que dans son caractère public, et fera, pour servir un parti, beaucoup de choses qu'il ne se permettrait pasiiour ses propres intérêts.

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