‹ Œuvres de Jérémie BenthamChapitre 53 sur 468 · TROISIÈME BUT · texte numérisé non relu

TROISIÈME BUT

Suppression du pouvoir de nuire.

Quoi qu'il en soit de la réfbrmation interne qui corrige la volonté même , le panoptique possède toutes les conditions requises pour 6ter le pouvoir de commettre de nouveaux délits.

Sous ce chef il faut considérer les prisonniers dans deux époques : — celle de leur emprisonnement, — celle qui est postérieure à leur libération.

Pendant la première, supposez-les aussi méchants que vous voudrez ; quels crimes pourront-ils commettre sous le principe d'une inspection non interrompue , divisés par cellules , jamais assez forts pour une révolte , ne pouvant s'unir et conspirer sans être aperçus , responsables les uns pour les autres, privés de toute communication au dehors, sevrés de liqueurs fortes ( ces stimulants de toutes les entreprises hardies), et sous la main d'un gouverneur qui peut aussitôt isoler l'homme dangereux? La seule énumération de ces circonstances inspire une sécurité complète. Qu'on se rappelle le tableau de Botany-Bay ; le contraste est aussi frappant qu'il puisse l'être.

La prévention des crimes de la part des délinquants prisonniers est encore en raison de la difficulté de leur évasion ; et quel système donne à cet égard une sûreté comparable à celle du panoptique ? '

Par rapport aux prisonniers élargis , la seule garantie absolue est dans leur réformation.

Indépendamment de cet heureux effet, sur lequel on peut compter dans ce plan plus que dans tout autre, les prisonniers libérés auront pour la plupart acquis, par les économies qu'on aura faites pour eux sur le quart de profit de leur travail, un pécule qui les mettrait à l'abri des tentations immédiates , et leur donnerait le temps de faire valoir les ressources

MAISON DE PÉNITENCE. — PANOPTIQUE

de l'industrie quHU ont acquise durant leur captivité.

Ce n'est pas tout : j'ai réservé pour cet article la mention d'un moyen très- ingénieux dont l'auteur du panoptique a fait le supplément de cette mesure pénale. II a donné une attention particulière à la position dangereuse , à l'état critique des prisonniers libérés , rentrant dans le monde après une détention de plusieurs années, sans amis pour les recevoir , sans réputation pour les protéger , sous la défaveur d'un caractère suspect, et plusieurs peut-être, dans les premiers transports de joie de leur liberté recouvrée, aussi peu capables d'en user avec discrétion que des esclaves qui viennent de rompre leurs fers. C'est par là que l'auteur a été conduit à l'idée d'un établissement auxiliaire , où les prisonniers élargis passeraient, au sortir du panoptique, pour y faire un séjour plus ou moins •long, d'après la nature de leur délit, et leur conduite antérieure. Le détail de l'exécution n'est pas de mon sujet ; il me suffit de dire que , dans cette clôture privilégiée , ils auraient divers degrés de liberté, des occupations de leur choix , le salaire entier de leurs travaux , avec un prix fixe et modique pour leur entretien , le droit d'aller et venir en consignant une somme pour caution ; — plus d'uniforme de prisonnier , — plus de marque humiliante. La plupart, dans ce premier moment d'embarras où ils n'ont point encore d'objet assuré, choisiraient eux-mêmes une retraite si convenable à leur situation ; mais il sera bon d'en faire une loi. Ce séjour passager, ce noviciat, servirait à les conduire par degrés à leur liberté entière, à former la nuance entre l'état de captivité et Tindépendance, à fournir une épreuve de la sincérité de leur amendement. C'est là une juste précaution contre des individus auxquels on ne peut pas accorder sans danger une confiance Immédiate et absolue.

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