En lui ôtant
g% MÉMOIRES. [i643-i645]
parés par le duc de Guise ^. G)ligny, accablé de douleur d'avoir si mal soutenu une si belle cause, mourut quatre ou cinq mois après, d'une maladie de langueur. Je passai beaucoup de temps à la cour dans un état ennuyeux : mon père y avoit des prétentions par luimême; on lui faisoit quelquefois de petites grâces, en lui disant qu'elles lui étoient faites uniquement à sa considération, et que je n'y avois aucune part. L'amitié que j'avois pour le comte de Montrésor m'exposa encore à de nouveaux embarras. Il avoit quitté Monsieur par la haine qu'il portoit à l'abbé de la Rivière ; et il s'étoit fait un honneur à sa mode, non-seulement de ne point saluer l'abbé de la Rivière, mais d'exiger de ses amis que pas un d'eux ne le saluât, quelques civilités et quelques avances qu'ils reçussent de lui. Tétois, comme plusieurs autres, dans cette ridicule servitude, et elle m'avoit attiré depuis longtemps la haine de Mon-
I. Mme de Motterille (tome I, p. iSg) rapporte un brait d*aprèf lequel Mme de LongueyiHe aurait été témoin du combat, c cachëe à une 'fenêtre, » chez la yieille duchesse de Rohan; « mais, dit-elle , elle eut peu de satisfaction de sa curiositë. • L'arentore de ce duel fut mise en chanson et en roman. Voici la chanson, teUe qu'elle est citée par Madame de Motteville :
Essuyés tos beaax yeux.
Madame de LongaeTille,
Essayex tos beaux yeux, Coligny se porte mieux.
S'il a demandé la vie, Pfe l*en blAmes nullement.
Car c*e>t pour être votre amant, Qu'il Teut TÎTre éternellement.
Le roman, composé par un bel esprit inconnu, a été analysé par V. Cousin dans la Jeunesse de Madame de Longuev'dle^ p. a57 et soi- Tantes. U a pour titre : Histoire d*Agesilan et d'Isménie, c'est-a-dire de Colignj et de Mme de Longueyille ; le duc d'Enghien 7 figure foos le nom de Marcomir, Mme de Montbazon sous celai de Roxane, et le duc de Guise y est représenté par Florizel.
sieur. Il se plaignit de moi avec aigreur à mon père , et il lui déclara enfin que, puisque je lui manquois de considération dans une chose aussi indifférente que de rendre le salut à Tabbé de la Rivière^, il se croyoit obligé de s^opposer directement à toutes mes prétentions et à tous mes intérêts ; qu il ne demandoit point que je cessasse d*étre ami de Montrésor, ni que j^eusse aucune liaison avec Tabbé de la Rivière, mais qu'il recevroit désormais comme un manque de respect à sa propre personne si je continuois à traiter si indignement un homme qu'il aimoit. J'avois peu de bonnes raisons à opposer à celles de Monsieur*; je priai néanmoins mon père de lui faire approuver que je ne changeasse point de conduite jusqu'à ce que j'eusse écrit à Montrésor et qu'il m'eût fait réponse. Il reçut ma lettre, et il parut aussi blessé de la permission que je lui demandois de saluer l'abbé de la Rivière , aux conditions que Monsieur avoit désirées', que si je lui eusse dû toutes choses, et qu'il ne m'eût point eu d'obligation^. Je connus bientôt que sa reconnoissance seroit pareille à celle de la Reine et de Mme de Chevreuse ; je demeurai toutefois dans les règles que je m'étois imposées, et je me contentai de rendre uniquement le salut à l'abbé de la Rivière, sans avoir aucune sorte' de commerce avec lui.
Le cardinal de Mazarin jouissoit tranquillement de
I. Les mots : « que de rendre le salat à Tabbë de la Rmère^ » manquent dans les éditions antérieures.