Ce manuscrit est, au moins maintenant, coté A
4* Cette page 43 du ms. D correspond à notre page 49*
XLVi MÉMOIRES.
9orts, passe rapidement sur les faits, et laisse au lecteur le soin de faire ses réflexions. Il n'y a pas dans tous ses Mémoi' res une seule maxime générale ^.
« /|" On trouve dans le premier je ne sais combien de tournures de bel esprit, dont il n'y a pas la moindre trace dans le second : par exemple, il met presque toujours sa narration au présent, ce qui n'est pas arrivé une seule fois à M. de la Rochefoucauld.
a 5* L'auteur de la Guerre de Paris paroît beaucoup moins instruit des intrigues de la cour que de celles de la ville et du . Parlement, sur lesquelles il s'étend avec complaisance, au lieu que M. de la Rochefoucauld, comme cela devoit être, est plus au fait des intrigues de la cour que de celles de Paris et du Parlement, dont il ne dit presque rien.
ce Voilà des observations que pouvoit faire facilement tout homme attentif, et il est singulier qu'elles aient échappé à Amelot de la Houssaie. En voici qu'il n'étoit pas à portée de faire, et qui sont d'une force encore plus grande.
« L'auteur de la Guerre de Paris et M. de la Rochefoucauld peignent les mêmes personnes de couleurs toutes différentes. J'en citerai pour exemple les portraits du cardinal de Retz, de Monsieur le Prince et de Mme deLongueville. Ils sont trèssatiriques dans l'anonyme. Nous a vous dans la partie non imprimée de ce volume les trois mêmes portraits. A la vérité, celui du Cardinal n'est guère moins satirique, mais les traits en sont différents, et il est fait avec plus de bienséance ' ; ceux
I . Cette assertion n'est exacte que si Tannotateur entend ici, par « maxime générale », contidération historique. Les maximes mondes sont, au contraire, assez fréquentes dans les Mémoires,
3. Dans la Guerre de Paris, de Yineuil (p. $34 et SaS de notre édition), Retz est représenté comme f entaché d*une ambition extrême et d^un désir déréglé d*accroitre sa fortune et sa réputation par toute sorte de voies, m La Rochefoucauld, bien qu*ii ait été l'ennemi du Coadjuteur, n'a jamais eu, en peignant son adrersaire, cette touche à la fois brutale et banale. Il dit de lui (p. m) qu'il « saToit feindre des vertus qu'il n'avoit pas ; » mais il loi accorde une c humeur désintéressée. 3 Yineuil, dont le style est soa« vent fort intempérant, parle du « puissant génie » de Retz ; la Rochefoucauld se contente de dire : c U avoit de rélévation et de
NOTICE. xLvii
de Monsieur le Prince et de Mme de LoDgueville sont tout à fait à leur avantage. Or, si Fauteur avoit été d'humeur à par* kr mal de deux personnes si puissantes et avec qui il avoit été intimement lié, cela se trouveroit plutôt dans le manuscrit qae dans l'imprimé ^
l'esprit. 1 Da reste, dans le morceau apocrjrphe, on n*aperçoit que confusément le rôle du Coadjuteur, si nettement indiqué dans les "Mémoires authentiques. — Au sujet de Mme de Longueville, Vineull prétend (p. 5 a 5) qu'elle c étoit piquée de Findifférence que Monsieur le Prince avoit pour elle.i La Rochefoucauld dit, au contraire (p. 94), que la duchesse était c si tendrement aimée du duc d'Enghien ton ftère^ qn^on pouToit se répondre de l'estime et de l'amitié de ce prince, quand on étoit approuvé de Madame sa sœur. » Tout le monde sait aussi qu'un des passages les plus fameux de la Guerre Je Paris, c'est ce coup de crayon à la fin du portrait de Mme de Longaeville, dont les c helles qualités, dit Yineuil (p. SaS), étoient moins brillantes à cause d'une tache qui ne s*est jamais vue en une princesse de ce mérite, qui est que, bien loin de donner la loi à ceux qui avoient une particulière adoration pour elle, elle se tnmsformoit si fort dans leurs sentiments, qu'elle ne reconnoissoit plus les siens propres. » Y. Cousin remarque, dans son étude sur Madame de Sablé (i854i p- 307), que ce portrait est « d'une toache trop fine pour n'être pas de la Rochefoucauld ; » nous retenons la louange au profit de Yineuil, qui, en effet, à travers tontes ses lourdeurs et ses incorrections, montre parfois un certain sens satirique assez fin et rencontre même quelques sentences heureiùet (voyez, par exemple, p. 535, sa remarque sur Voir de notre nadon) ; mab il est facile de comprendre que la Rochefoucauld ne poavait, en aucune façon, parler ainsi de la duchesse; un tiers observateur seul pouvait porter sur celle-ci un jugement si peu d'accord avec la prétention de la Rochefoucauld d'avoir été, sinon engagé, du moins retenu dans la Fronde par l'énergie et la perfittance de la sœur de Condé : vojez à ce sujet notre Notice biogra~ phique, au tome I.
I . Le raisonnement de l'annotateur est ici plus spécieux que satisfiûsant, puisqu'on sait que le manuscrit de la seconde partie des Mémoires avait été dérobé tel quel a la Rochefoucauld, et livré, à •on insu, à la publicité. D'ailleurs, si l'on en excepte le morceau de Yinenil, tout ce qu'il y a de plus désobligeant pour Mme de Longaerille dans les premières édidons se retrouve dans le manuscrit définitif et authentique.
xLYiik MÉMOIRES.
« Enfin l'anonyme ne sait pas un mot des choses * qui concernent M. de la Rochefoucauld, dont il ne dit rien, ou dont il parle tout de travers (c'est de quoi l'on peut se convaincre par la comparaison de son ouvrage avec la partie non impri* m^ de ce volume), au lieu que M. de la Rociiefoucauld n'a eu d'autre objet que de raconter ce qu'il a vu et ce qui le concerne personnellement, comme il le déclare en dix endroits de ses Mémoires^ tant imprimés que manuscrits '.
« La Retraite de M, le duc de Longueville dans son gouver^ nement de Normandie n'est pas non plus de M. de la Rochefoucauld, mais de Saint-Evremond.
ce Ce qui suit dans l'impiimé jusqu'au Supplément aux relations des guerres de Paris et de Guyenne^ exclusivement , est de M. de la Rochefoucauld.
a Tout le reste de l'imprimé est de différentes mains, qui me sont inconnues, à l'exception de \ Apologie de M. de Beaufort^ qui est de Girard, auteur de la Fie du duc dÉpernon, »
Telle est, tout au long, la note inscrite en tête du manuscrit D de la Roche-Guyon. Cette mise au net, précieusement gardée dans les archives mêmes de la famille de la
I . Ces mots Jes choses sont, dans le manuscrit, au-desioi de Je ce ^«i, biffe.
1. Dans la Guerre de Paris ^ de Yineuil, ce n*est qu^assez tard qu'il est question pour la première fois du prince de Marcillac; encore ne s'agit-il de lui quUncidemment (p. 5a6). Qui voudrait croire que le duc eût attendu jusque-là pour introduire son propre personnage, et qu'il lui eût à ce point marchandé l'espace ? Quelle différence aussi entre le Tocabulaire de Yineuil et celui de la Rochefoucauld! Ce dernier eût-il jamais appelé le vieux Broussel un c martyr » (p. Sog), les membres du Parlement c dieux vengeurs et libérateurs, dieux tutélaires de la patrie (p. 5o5 et $07} s ? Eût-< il parlé de c coup du Ciel • (p. 5o8), d'à une heureuse rencontre d*étoiles > (p. 5i8)?Se fût-il jamais inquiété, en peignant le prince de Condé, qu'entre autres vertus il manquât au vainqueur de Rocroy c la piété » (p. 5 a 8) ? Tout cela, pour nous borner à ces quelques exemples, n'est point de la langue de la Rochefoucauld. Nous ne parlons pas des constructions, des tours de phrase, qu'il est, croyons-nous, moins possible encore d*attribner à l'auteur des Maximes^ en supposant même qu'il n'en fût qu'à son début.
NOTICE. XLix
Rochefoucauld, à côte de Tunique autographe des Maximes^ offre manifestement tous les caractères d'une rédaction authentique et définitive. Voici d'ailleurs une preuve péremptoire. Nous avons vu que la plus recommandable des douze copies conservées à la Bibliothèque nationale était le manuscrit Harlay, qui nous présente, dans son double texte, le primitif et le corrigé , deux états différents et successifs des Mémoires, Or la seconde rédaction de ce manuscrit est la première du manuscrit D; toutes les corrections de Tun sont dans l'autre, sans rature ni surcharge; et de plus, de nouvelles retouches importantes sont le fruit, dans cette copie D, d'un travail encore plus récent, d'une troisième révision, qui relègue à un étage inférieur et intermédiaire la seconde rédaction du manuscrit Harlay, que donne aussi, nous l'avons dit, le manuscrit d'Amauld. Et ce dernier remaniement n'a pas eu seulement pour résultat, comme l'avance un peu légèrement la note citée du volume D, « des changements peu importants dans le style » : les dissemblances, comme on le verra par nos variantes, sont parfois considérables et pour la forme et pour le fond. Il y a même dans le texte que nous reproduisons des morceaux entiers qui ont été profondément modifiés S sans compter quelques développements ajoutés*. Au demeurant, cette mise au net' de la Koche-Guyon présente, d'un bout à l'autre, et surtout pour la seconde partie (p. i3o- 43 1), un texte où les dernières corrections ont eu avant tout pour objet de dégager la phrase, de couper ou de raccourcir les périodes, d'en ôter les mots parasites, particulièrement les conjonctions.
Le volume C de la Roche-Guyon ne contient que la partie des Mémoires qui va de 1649 à i652. C est un manuscrit inférieur à la copie Harlay, dont il ne donne que la rédaction première, et aussi, par conséquent, au manuscrit d'Amauld. Une note inscrite en tête de cet in-folio le distingue en ces ter-