‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 3)Chapitre 460 sur 569 · Dans la i>'« édition : veux · texte numérisé non relu

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44o APOLOGIE DE M. LE PRINCE

avec raison qu'il se plaint de moi, et, par cette même raison, il ne doit avoir guère moins de gardes que cette couronne a de sujets, puisqu'il en faudroit faire le dénombrement pour savoir combien sa conduite a fait de malheureux. Mais, quoiqu'il n'ait jamais été soupçonné de trop de pudeur, je lui en crois assez pour n'entreprendre pas de nous débiter une si étrange doctrine ; et je prévois que pour renverser ce que je dis de lui, il prétendra qu'il lui suffit de ne l'avouer pas. A la vérité, s'il ne faut que nier les maux qu'on a £uts pour en être justifié, on ne le convaincra pas même des plus évidents ; car c'est bien peu de lui avoir ouï dire, ou de lui avoir vu faire quelque chose, pour s'oser promettre de l'en fidre demeurer d'accord; et ce n'est qu'à se démentir soi-même, à toute heure, qu'on peut assurer que la hardiesse ne lui manque point. Af ais veut-il nous persuader qu'il est innocent? Qu'il nous remette en l'état que nous étions quand la paix générale fut entre les mains de M. Servien, et que M. le duc de Longueville, qui l'y avoit mise, vit arracher des siennes la gloire d'un service qui n'auroit rien dû à ceux du premier comte de Dunois *■ ; qu'il rende à cette monarchie la réputation que l'injuste opiniâtreté de nos armes lui a fait perdre, chez nos alliés mêmes, depuis ce temps-là; et qu'il nous rende enfin tant de milliers d'hommes qu'une

X . Le prince de MarcilJao cherchait alors à gagner au |>aru des Frondeurs le duc de LongueriUe. Nous avops dit ailleurs (p. 96, note 5) que ce dernier descendait de Dunois, bâtard d'Orléans; il prétendit toute sa vie à se faire reconnaître comme prince du sang, et c*est surtout par cette prétention , habilement caressée, qu'on Tentraina dans la faction, dont, outre le rôle éclatant qu^y jouait sa femme, sa propre indécision de caractère devait le tenir éloigné. — Sur Abei Servien, qui fut à Munster le véritable déposiuire de la pensée diplomatique de Maitarin, voyez la note a de la page i55 des Mémoires^

guerre continuée de gaieté de cœur a encore immolés avec moins de fruit que de nécessité. Car de lui proposer de rendre ce sang dont il a achevé d'épuiser les veines de TÉtat, et de croire qu'il fasse ' repasser les monts et les mers à tous ces millions de quoi T Italie est la receleuse, ce seroit espérer ridiculement qu'il voulût commencer à se repentir de ses crimes par celui pour lequel tous les autres ont été commis. Que si tous ces moyens de justification sont également impossibles, et si son avarice ne met pas moins les uns hors de sa puissance que les autres sont hors de celle de la nature, qu'il me pardonne d'avoir eu des yeux pour apercevoir en son ministère ce que tout le monde y apercevoit, et qu'il trouve bon que je rende à ses actions la justice qu'il a fait si injustement dénier aux miennes ; car de le garantir de la peine due à ses forfaits, parce qu'il m'a frustré de la récompense due à mes services ', je ne sais quel raisonnement ni quelle morale exigeroit cela de moi , quand je le pourrois. Mais pour lui faire la guerre plus généreusement qu'il ne me l'a faite, je ne lui veux rien ôter de tous les avantages qu'il peut prendre légitimement, quoique je pusse les lui disputer avec succès ; et s'il croit affoiblir mes dépositions par les sujets que j'ai de lui nuire, je lui en vais* avouer plus qu'il n'en oseroit avouer lui-même.

Lorsque la Reine se vit en état de penser sérieusement à la Régence, il y avoit dix ans qu'elle me tenoit particulièrement pour son serviteur, et six ou sept qu'on me nommoit tout publiquement son martyr. Ma fortune

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