‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 128 sur 364 · CLXXXIII · texte numérisé non relu

CLXXXIII

Il faut demeurer d'accord, à l'honneur de la vertu, cpie les plus grands malheurs des hommes sont ceux où ils tombent par les crimes ". (éd. 5*.)

Nous avouons nos défauts, pour réparer par notre sincérité le tort qu'ils nous font dans l'esprit des autres*.

(ED. I*

I. L'édition de i665 ajoutait ici: € de la médecine, m — Pascal [Penséfs^ article XII , i a) : a Nous ne nous soutenons pas dans la ▼ertu par notre propre force, mais par le contre-poids de deux vices opposés, comme nous demeurons debout entre deux vents contraires. » — Selon Vauvenargnes {Introduction à la Connaissance de r esprit humain, livre III, 43, et i»" Discours sur la Gloire, OEucres, p. 53 et p. ia8), dans ce mélange, c*est la vertu qui domine, et le pice n'obtient point d'hommage réel; si les vices vont au bien, c'est qu^ils sont mêlés de vertus, de patience, de tempérance^ de courage, etc.

a. Vah. : Il faut demeurer d'accord, /lour l'honneur de la vertu.... par leurs crimes. (Manuscrit,) — Selon Yigneul-Marville, c'est-à-dire le chartreux dom Bonaventure d'Argonne {Mélanges d'histoire et de littérature, lyaS, tome I, p. 3i5), c cette maxime a été faite pour le chevalier de Rohan, qui , après une vie d'aventures et de désordres, fut décapité eu 1674. » — Il nous paraît douteux que la Rochefoucauld ait eu particulièrement eu vue le chevalier de Rohan ; sa pensée a une application plus générale, et par conséquent une portée pins grande.

3. Var. :Nous avouons nos défauts, pourréparer^ /r^yW^c^ qu'ils nous font dans l'esprit des autres, par l'impression que nous donnons de la justice du nôtre, {Manuscrit,) — Nous avouons nos défauts, afin qu'en donnant bonne opinion de la justice de notre esprit, nous ripa-'

ET MAXIMES MORALES. io5

Il y a des héros en mal comme en bien ^ (io. i .)

On ne méprise pas tous ceux qui ont des vices , mais on méprise tous ceux qui n'ont aucune vertu*, (éd. i*.)

rîons le tort qu'ils nous ont fait dans IVsprit des autres. (i665»)

— Mme de Sablé {maxime i6) : c II n*y a pas plus de raison de trop s'accuser de ses défauts que de s'en trop excuser : ceux qui s'accusent par excès, le font souTent pour ne pouvoir souffrir qu*on les accuse, ou par vanité de faire croire qu'ils savent confesser leurs défauts. 1 — Mme de Sablé dit encore (maxime 6) : « Être trop mécontent de soi est une foiblesse; être trop content de soi est une sottise. » ^- Voyez les. maximes 149, Say, 383, 554» 609, la note de \s^ maxime 3 1 5 , et la 5* des Réflexions diverses.

I. Selon l'annotateur contemporain, le nom de héros ne s'emploie jamais à mal. — Duplessis(p. 167) fait observer que l'auteur i a voulu dire simplement que le crime donne la célébrité comme la vertu. »

— Peut-être la Rocbefoucauld pensait- il, comme J. J. Rousseau (Discours sur la vertu la plus nécessaire aux héros) ^ que la force d'àme est ce qui constitue le héros ; or cette force d'àme peut s'employer au mal comme au bien. — J. Esprit (tome II, p. Sa) : « Ne pourroit-on pas.... dire qu'il y a des héros en mal comme il y a des héros en bien, puisqu'on voit des gens avoir dessein de rendre leurs crimes et leurs forfaits illustres? »

3. Gomme ce Cnspinus dont parle Juvénal (satire iv, vers a) :

A vitîis monstrum nulla vîrtute redemptum,

fl Monstre que nulle vertu ne rachetait de ses vices. > — Var. : c On peut haïr et mépriser les vices, sans haïr ni mépriser les vicieux ; mais on a toujours du mépris pour ceux qui manquent de vertu, (i665.) — I^es éditions de 1666 et de 1671, qui commencent comme celle de i665y finissent ainsi : t mais on ne saurait ne point mépriser ceux qui n'ont aucune vertu. > — Le manuscrit disait plus vivement : c On hait souvent les vices; mais on méprise /ou/ourj le manque de vertu, s — La rédaction définitive ne date que de la 4* édition (167$).

io6 RÉFLEXIONS OU SENTENCES

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