Vab. : à des épouvantes générales. (i
ii6 RÉFLEXIONS OU SENTENCES
dans leurs postes. Il s'en trouve* à qui Thabitude des moindres périls aflFermit le courage, et les prépare à s'exposer à de plus grands. Il y en a qui sont braves à conps d'épée , et qui craignent les coups de mousquet ; d'autres sont assurés aux coups de mousquet, et appréhendent de se battre à coups d'épée. Tous ces courages, de diflFérentes espèces, conviennent en ce que', la nuit augmentant' la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, elle donne la liberté de se ménager^. Il y a encore un autre ménagement plus général; car on ne voit point d'homme qui fasse tout ce qu'il seroit capable de faire dans une occasion, s'il étoit assuré d'en revenir* : de sorte qu'il est visible que la crainte de la mort ôte quelque chose de la valeur •. (éd. i*.)
I. Vab. i pour rCoser demeurer dans leurs postes; enfin U. s^en trouYe. (i665.)
a. Contiennent, c'est-à-dire, se rencontrent en ce point, que,,,,
3. Vab. : Il y en a encore qaï sont braves à coups d*épée, qui ne peuvent souffrir les coups de mousquet; et d'autres jr sont assurés, qui craignent de se battre à coups d*épée. Outre cela, il y a un rapport général que ton remarque entre tous les courages de différentes espèces, dont nous venons de parler^ qui est que, la nuit augmentant.... (i665.)
4* Vab. : .... et les mauvaises actions, leur donne la liberté de se ménager. (i665.) — J. Esprit (tome I, p. 5aa) : i II est rare de trouver des hommes vaillants qui attaquent ou repoussent les ennemis, la nuit, avec autant de bravoure qu'ils feroient s'ils combattoient eu plein jour, aux yeux de leur géuénd. > — Tacite {Annales, livre IV, chapitre li) : Nox aliis in audaciam, aliis ad formidinem opportuna. € La nuit aide au courage des uns, à la lâcheté des autres. » — Voyez la maxime suivante.
5. Vauvenargues {maxime 849, Œuvres, p. 484) : « Le terme du courage est l'intrépidité à la vue d*une mort sûre. 1
6. Vab. : Il y a encore un autre ménagement plus général qui, à parler absolument, s'étend sur totUe sorte d'hommes : c'est qiCil r^y en a point qui fassent tout ce qu'ils seroient capables de faire dans une action^ s^ils avaient une certitude d'en revenir : de sorte qu'il est visible que la crainte de la mort ôte quelque chose à leur valeur, et diminue son effet, (i665.) — Voyez les maximes i, 2i3, aao, aai et 870.
La parfaite valeur est de faire sans témoins ce qu^on seroit capable de faire devant tout le mondée (éd. i*.)
ccxvn
L'intrépidité est une force extraordinaire de Tàme, qui l'élève au-dessus des troubles, des désordres et des émotions que la vue des grands périls pourroit exciter en elle, et c'est par cette force que les béros * se maintiennent en un état paisible , et conservent l'usage libre de leur raison dans les accidents les plus surprenants et les plus terribles '. (éd. i*.)
L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu*. (ÉD. 2*.)
I. Var. : La purt valeur, /// y en avoity seroit de faire sans témoins ce qa*on est capable de faire devant le monde. (166 5.)— Voyez les maximes ai5, aiQ et aai.
a. Yah. : .... une force extraordinaire de Vkme,par laquelle elle empêche les troubles, les désordres et les émotions que la vue des grands périls a accoutumé tTéleçer en elle; par cette force, les béroi.... ( Manuscrit et 1 665 .)
3. Var. : l*usage libre de toutes leurs fonctions dans les accidents les plus terribles et Us plus surprenants. {Manuscrit et 166 5.) — Dans le manuscrit, cette pensée et la 614* étaient réunies.
4* Var. : que le vice se croit forcé de rendre à la vertu. {Manuserit.) — Voyez la maxime 4B9. — Vauvenargues Ç maxime yS^f Couvres, p. 477) : f L'utilité de la vertu est si manifeste, que les mécbants la pratiquent par intérêt. » — Il ajoute ailleurs {IntroduetUm à la connaissance de C esprit humain, p. 53) : c Quand le vice veut procurer quelque grand avantage au monde, pour surprendre Tadmintion, il agit comme la vertu. > — J. J. Rousseau (Réponse au roi de
ffi8 RÉFLEXIONS OU SENTENCES
La plupart des hommes s'exposent assez dans la guerre pour sauver leur honneur; mais peu se veulent toujours exposer * autant qu'il est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel ils s'exposent, (éd. i*.)
' La vanité, la honte, et surtout le tempérament, font
Polog^ne) réfute ainsi la Rochefoucauld : c Mais Thypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu : oui, comme celui des assassins de César, qui se prostemoient à ses pieds pour Tégorger plus sûrement. Cette pensée a beau être brillante ; elle a beau être autorisée du nom célèbre de son auteur : elle n*en est pas plus juste. Dira-t-on jamais d*un filou qui prend la livrée d'une maison pour faire son coup plus oommodément, qu'il rend hommage au maître de la maison qu*il vole? Non : couvrir sa méchanceté du dangereux manteau de Thypocrisie , ce n*est point honorer la vertu, c*est Toutrager en profanant ses enseignes; o'ett ajouter la lâcheté et la fourberie à tous les autres vices ; c*est se fermer pour jamais tout retour vers la probité, s Ce ton échauffé et décbmatoire eut singulièrement étonné le duc de la Rochefoucauld.
X • Vab. : On est presque toujours assez brave pour sortir sans honte des périls de la guerre ; mais peu de gens le sont assez pour s'exposer tou' jours.,., {Manuscrit,) — £ln adressant à J. Esprit cette pensée avec deux légères variantes : à la guerre, pour dans la guerre, et on s* expose y pour ils s'exposent {Portefeuilles de V allant, tome II, f^* ia4 ^^ i^^)» Fauteur la commente ainsi lui-même : c Je veux dire qu'il est assez ordinaire de hasarder sa vie pour s'empêcher d'être déshonoré ; mais quand cela est fait , on en est assez content pour ne se mettre pas d'ordinaire fort en peine du succès de la chose que l'on veut faire réussir; et il est certain que ceux qui s'exposent tout autant qu'il est nécesfftire pour prendre une place que l'on attaque, ou pour conquérir une province, ont plus de mérite, sont meilleurs officiers, et ont de plus grandes et de plus utiles vues que ceux qui s'exposent seulement pour mettre leur honneur à couvert ; et il est fort commun de trouver des gens de la dernière espèce que je viens de dire, et fort rare d'en trouver de l'antre. » — Voyez les maximes 31 5, a 16 et aai.
souvent la valeur des hommes et la vertu des femmes^. (bd. i\)
On ne veut point perdre la vie , et on veut acquérir de la gloire : ce qui fait que * les braves ont plus d'adresse et d'esprit pour éviter la mort, que les gens de chicane n'en ont pour conserver leur bien*, (éd. i*.)
ccxxn
Il n'y a guère de personnes* qui, dans le premier penchant* de Tàge, ne fassent connoîtrc par où leur corps et leur esprit doivent défaillir, (éd. 2*.)
I. Vab. : .... font la râleur des hommes. (i665.)La maxime finit là dans cette édition. — .... font en plusteyrs\a. valeur des hommes et la ▼ertu des femmes. (1666, 1671 et 1675.) — .... font la valeur des hommes et la chasteté des femmes , tiont chacun mène tant de hrutt, (Maniucrit.) — On le voit, dans ]a première édition, cette pensée ne s'appliquait pas à Ja vertu des femmes. — J. Elsprit (tome II, p. 9a) : c La froideur du tempérament est le principe le plus ordinaire de la retenue et de la modestie des femmes ; s et, quelques pages plus loin ■(tome II, p. 1 3 f et I a a) : f Le bonheur du tempérament a presque toute la part à l'honnêteté d*un fort grand nombre de femmes. > — Charron (de la Sagesse, livre II, chapitre m) : c La chasteté, sobriété, tempérance peuuent arriuer en nous par défaillance corporelle. > — Voyez les maximes i, 169, ao4) ao5, ai3, ai5, ^^i et 346.
a. Var. : de là pient que. (i665.}
3. Vab. : que les gens de chicane pour conserver leur bien. (i665.} — .... et on veut acquérir de la gloire; de là vient que, quelque chicane que ton remarque dans les parties, elle iCest point égale à la chicane des èrapes. (Manuscrit,) — Charron (de la Sagesse, livre III, chapitre xiv] ; t La vaillance humaine est vue sage couardise, vue craincte accompaignée de la science d'euiter vn mal par vn autre, s — La Bruyère (des Jugements, n» 97) : c Faites garder aux hommes quelque poste ou ils puissent être tués, et où néanmoins ils ne soient pas tués : ils aiment rhonneor et la vie. •
4* Var. : Il n*y a point de gens,,,, (Manuscrit,)