Voyez les Mémoires^ p. 69 et
SUR LA ROCHEFOUCAULD. xxt
il avait devine que la puissance du Cardinal ne ferait qu'aller en se consolidant ; mais, outre que l'indëcision dans les idées était le fond de sa nature, il avait lui-même le travers qu'il relève si sévèrement chez ses compagnons d'intrigue : il s'exagérait sans cesse son importance et ne pouvait jamais tomber d'accord de la récompense due à ses mérites. Il prétendait que Mazarin vint à lui ; mais Mazarin, en vrai politique, allait d'abord au plus pressé, c'est-à-dire à ceux de ses adversaires qu'il jugeait les plus redoutables. Avec quelle habileté, par exemple, il se hâte d'attaquer de son doux parler et de ses caresses simulées Mme de Chevreuse ! comme il affecte de rendre à la galante duchesse, alors âgée de quarante-cinq ans, ces tendres req>ects qui séduisent davantage les femmes à mesure qu'elles les sentent devenir plus rares! conmie il feint de se prendre à ses pièges, pour la mieux attirer dans les siens ^^ sans craindre de lui laisser pour un temps ces vaines apparences de crédit dont s'enivrent, aveugles jusqu'à la fin, les incorrigibles ambitions! Mme de Chevreuse, étalant un pouvoir qu'elle n'avait pas, sollicitait chaque jour pour elle et pour ses amis ; elle voulait que la Reine donnât à Marcillac le gouvernement de la place du Havre : du même coup, elle comptait s'acquitter ainsi envers son plus fidèle auxiliaire et se venger de la famille de Richelieu, aux mains de laquelle était ce gouvernement. La Reine y consentait'; mais quelle apparence qu'en une affaire aussi grave on se passât de l'approbation du Cardinal? Celui-ci ne refusa point ' : seulement il louvoya selon sa coutume. Il convint que la Reine avait sujet de « faire des choses extraordinaires* » pour un serviteur aussi dévoué que le prince de Marcillac; en aucun cas cependant sa bonté ne devait aller jusqu'à dépouiller la famille de Richelieu. Là-dessus il fit proposer à Marcillac la charge de général des galères, puis celle