Voyez les maximes 184 et ao
connoissent point d'autres. Ils les changent et les corrompent quand ils sortent de Fenfance : ils croient qu'il faut imiter ce qu'ils voient faire aux autres ^ , et ils ne le peuvent parfaitement imiter; il y a toujours quelque chose de faux et d'incertain dans toute imitation. Us n'ont rien de fixe dans leurs manières ni dans leurs sen-* timents; au lieu d'être en effet ce qu'ils veulent parottre, ils cherchent à paroître ce qu'ils ne sont pas*. Chacun veut être un autre, et n'être plus ce qu'il est* : ils cherchent une contenance hors d'eux-mêmes, et un autre esprit que le leur ; ils prennent des tons et des manières au hasard ; ils en font l'expérience * sur eux, sans considérer que ce qui convient à quelques-uns ne convient pas à tout le monde, qu'il n'y a point de règle générale pour les tons et pour les manières, et qu'il n'y a point de bonnes copies'. Deux hommes néanmoins peuvent avoir du rapport en plusieurs choses sans être copie l'un de l'autre, si chacun suit son naturel; mais personne presque ne le suit entièreipent . on aime à imiter; on imite souvent, même sans s'en apercevoir, et on néglige ses propres biens pour des biens étrangers, qui d'ordinaire ne nous conviennent pas.
I . Les éditions précédentes omettent faire aux autres. A la fin de la phrase elles donnent : f cette imitation, > au lieu de : f toute imitation. » — Voyez la maxime 618.
a. Rapprochez de la fin de la Réflexion précédente, de la 1 3* Bé" flexion, et de W maxime 256.
3 Il n'est esprit si droit
Qui ne soit imposteur et faux par quelque endroit : Sans cesse on prend le masque, et quittant la nature. On craint de se montrer sous sa propre figure. . . . Rarement un esprit ose être ce qu*il est.
(Boileau, épitre IX, Ters 69-74*)
4* Dans les éditions antérieures : c ils en font des expériences ; » et deux lignes plus bas : c de règ^les générales, > 5. Voyez la maxime i33.
Je ne prétends pas, par ce qae je dis, nous renfermer tellement en nous-mêmes, que nous n'ayons pas la liberté de suivre des exemples, et de joindre à nous des qualités utiles ou nécessaires que la nature ne nous a pas données: les arts et les sciences conviennent à la plupart de ceux qui s'en rendent capables; la bonne grâce et la politesse conviennent à tout le monde ; mais ces qualités acquises doivent avoir un certain rapport et une certaine union avec nos qualités naturelles , qui les étendent et les augmentent imperceptiblement ^ .
Mous sommes quelquefois élevés à un rang et à des dignités qui sont au-dessus de nous*; nous sommes souvent engagés dans une profession nouvelle où la nature ne nous avoit pas destinés : tous ces états ont cbacun un air qui leur convient, mais qui ne convient pas toujours avec notre air naturel ; ce changement de notre fortune change souvent notre air et nos manières, et y ajouté Fair de la dignité, qui est toujours faux quand il est trop marqué' et qu'il n'est pas joint et confondu avec l'air que la nature nous a donné : il faut les unir et les mêler ensemble, et qu'ils ne paroissent jamais séparés*.
On ne parle pas de toutes choses sur un même ton et avec les mêmes manières; on ne marche pas à la tête
I. L'édition de 1 781' et les suivantes terminent ainsi cette phraie : a et une certaine union avec nos propres qualités , qui les étend et les augmente {dans le texte de Duplessis : c étendent » et € augmentent >) împerceptiblemeut. » A la phrase suivante, elles omettent, dans le premier membre , quelquefois et qui sont, — Voyex la maxinte 365.
a. Rapprochez des maximes 419 et 449*
3. Mme de Sablé (masime 60) : c On est bien plus choqué de l'ostentation que Ton fait de la dignité, que de celle de la personne. C'est une marque qu'on ne mérite pas les emplois, quand on se fait de fête. »
4. Dans les éditions antérieures : c et les mêler ensemble, tt faire en sorte qu'ils ne paroissent jamais séparés. 1
d'un régiment comme on marche en se promenant; mais il faut qu'un même air nous fasse dire naturellement des choses différentes, et qu*il nous fasse marcher différemment, mais toujours naturellement, et comme il convient de marcher à la tète d'un régiment et à une promenade.
Il y en a qui ne se contentent pas de renoncer à leur air propre et naturel, pour suivre celui du rang et des dignités où ils sont parvenus; il y en a même qui prennent par avance Fair des dignités et du rang où ils aspirent. Combien de lieutenants généraux apprennent à parottre^ maréchaux de France ! Combien de gens de robe répètent inutilement Tair de chancelier, et combien de bourgeoises se donnent Tair de duchesses !
Ce qui fait qu'on déplaît souvent, c'est que personne ne sait accorder son air et ses manières avec sa figure, ni ses tons et ses paroles avec ses pensées et ses sentiments'; on trouble leur harmonie par quelque chose de faux et d'étranger'; on s'oublie soi-même, et on s'en éloigne insensiblement; tout le monde presque tombe, par quelque endroit, dans ce défeiut; personne n'a l'oreille assez juste pour entendre parfaitement cette sorte de cadence. Mille gens déplaisent avec des qualités aimables; mille gens plaisent avec de moindres talents ^ : c'est que les uns veulent parottre ce qu'ils ne sont pas ; les autres sont ce qu'ils paroissent; et enfin, quelques avantages ou quelques désavantages que nous ayons reçus de la nature, on platt à proportion de ce qu'on suit l'^ir, les tons, les manières et les sentiments qui conviennent à
I. Les précédents éditeurs donnent être^ au lieu àtparoCire» Cette phrase exclamatiye et la suWante sont biffées an manuscrit.
3. Voyez les maximes 340, 3 5 5, et la 4* des Réflexions diverses,
3. Les éditions antérieures araient omis ce membre de pbrase.
4. Rapprochez des maximes i5S et 35i, qui répètent la même idée.
La Rochsvougauld. i 19
ago RÉFLEXIONS DIVERSES.
notre état et à notre figure, et on déjdatt à proportion de ce qu'on s'en éloigne^.