‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 258 sur 364 · L'édition de M. de Barthélémy omet levn biens et · texte numérisé non relu

L'édition de M. de Barthélémy omet levn biens et

3oo RÉFLEXIONS DIVERSES.

armer; on se voit exposé aux injures des saisons; les maladies et les langueurs empêchent d'agir; l'eau et les nvres manquent ou changent de goût; on a recour» inutilement aux secours étrangers; on essaye de pécher, et on prend cpielques poissons, sans en tirer de soulagement ni de nourriture; on est las de tout ce qii*on voit, on est toujours avec ses mêmes pensées, et on est toujours ennuyé; on vit encore, et on a regret à vivre ^ ; on attend des désirs pour sortir d'un état pénible et languissant, mais on n'en forme que de foibles et d'inutiles.

Vn. *- DBS SXBMPLBS^.

Quelque différence qu'il y ait entre les bons et les mauvais exemples, on trouvera que les uns et les autres ont presque également produit de méchants effets*; je ne sais même si les crimes de Tibère et de Néron ne nous éloignent pas plus du vice, que les exemples estimables des plus grands hommes ne nous approchent de la vertu. Combien la valeur d'Alexandre a-t-elle fait de fanfarons ! Combien la gloire de César a-t-elle autorisé d'entreprises contre la patrie ! Combien Rome et Sparte ont-elles loué de vertus farouches! Combien Diogène a-t-il fiût de philosophes importuns, Gcéron de babillards, Pomponius Atticus de gens neutres et paresseux', Marins et Sylla de vindicatifs, LucuUus de voluptueux, Âlcibiade et Antoine de débauchés, Caton d'opiniâtres ! Tous ces

X. M. de Barthélémy donne : i de Tiyre. » 1. Rapprochez de la mtucime a3o.

3. Le copiste avait mis mnujreux; la correction est de la main même de la Rochefoucauld.

RÉFLEXIONS DIVERSES. Sot

grands originaux ont produit un nombre infini de maavaises copies^. Les vertus sont frontières des vices; les exemples sont des guides cpii nous égarent souvent, et nous sommes si remplis de fausseté, que nous ne nom en servons pas moins pour nous éloigner du chemin de la vertu, que pour le suivre.

YIII. — DE l'incertitude de la jalousie ' *•

Plus on parle de sa jalousie, et plus les endroits qui ont déplu paroissent de différents côtés; les moindres circonstances les changent, et font toujours découvrir quelque chose de nouveau. Ces nouveautés' font revoir | sous d'autres apparences, ce qu'on croyoit avoir assez vu et assez pesé ; on cherche à s'attacher à une opinion, et on ne s'attache à rien ; tout ce qui est de plus opposé et de plus effacé^ se présente en même temps; on veut haïr et on veut aimer, mais on aime encore quand on hait, et on hait encore quand on aime*. On croit tout, et on doute de tout ; on a de la honte et du dépit d'avoir cm et d'avoir douté ; on se travaille incessamment pour arrêter son opinion, et on ne la conduit jamais à un lieu fixe.

Les poètes devroient comparer cette opinion à la peine de Sisyphe, puisqu'on roule aussi inutilement que lui un rocher, par un chemin pénible et périlleux ; on voit

Page 1