Voyez la maxime 274, €t la 18* des Réflexions diverses
RÉFLEXIONS DIVERSES. 3o3
nous ne laissons pas de souhaiter^ encore. Nous nous aor coutumons à tout ce qui est à nous; les mêmes biens ne conservent pas leur même prix, et ils ne touchent pas toujours également notre goût ; nous changeons imperceptiblement, sans remarquer notre changement; ce que nous avons obtenu devient une partie de nous-mêmes ; nous serions cruellement touchés de le perdre, mais nous ne sommes plus sensibles au plaisir de le conserver; la joie n*est plus vive ; on en cherche ailleurs que dans ce qu'on a tant désiré. Cette inconstance involontaire est un efifet du temps, qui prend, malgré nous, sur l'amour, comme sur notre vie ; U en efface insensiblement chaque jour un certain air de jeunesse et de gaieté, et en détroit les plus véritables charmes ; on prend des manières plus sérieuses, on joint des affaires à la passion ; l'amour ne subsiste plus par lui-même, et ^ il emprunte des secours étrangers. Cet état de l'amour représente le penchant de l'âge, où on commence à voir par où on doit finir ' ; mais on n'a pas la force de finir volontairement, et dans le déclin de l'amour^, comme dans le déclin de la vie, personne ne se peut résoudre de prévenir les dégoûts qui restent à éprouver; on vit encore pour les maux, mais on ne vit plus pour les plaisirs*. La jalousie, la méfiance, la crainte de lasser, la crainte d'être quitté, sont des peines attachées à la vieillesse de l'amour, comme les maladies sont attachées à la trop longue durée de la vie : on ne sent plus qu'on est vivant que parce qu'on sent
I. c Nous ne laissons pas que de souhaiter. » {Édition de Mm de Barthélémy,')
a. M. de Barthélémy ne donne pas cette conjonction.