‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 343 sur 364 · I. Livre I, &ble xi · texte numérisé non relu

I. Livre I, &ble xi

a. Telle est la seconde ligne de titre dans toutes les éditions qui ont été publiées du vivant de la Fontaine, et dont la première est de 1668. Ces initiales et le dernier vers de ïz fable désignaient assez clairement l'auteur des Maximes,

3. Voyez la PUtce royale de Corneille, acte II, scène n, après le vers 377.

4. Voyez, plus loin, la Réponse h L'AMomi-raopaB, par le marquis de Saint- Anlaire, p. 41a.

4oo APPENDICE.

Eit an mal que duoon te plaît d'entretaair. Notre âme, c*eft cet homme amoureux de lui-même; Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autmi, BfiroirSy de nos débats les peintres l^itimes; Et quant an canal, c'est odui Que chacun sait : le Urrt des Maximes,

AUTRE FABLB DB UL FOITTAINE^

[LES LJPIF/S.] DiSGoums À Movsixua lx duc dk la EOCHsronoAULO*.

Je me suis souTent dit, Toyant de quelle sorte

L'homme agit, et qu'il se comporte En mille ocnsions comme les animaux :

Le roi de ces gens-lit n'a pas moins de défauts

Que ses sujets , et la Nature

A mis dans chaque créature Quelque grain d'une masse où puisent les esprits; J'entends les esprits corps et pétris de matière.

Je Tais prouTer ce que je dis.

A l'heure de l'affût, soit lorsque la lumière Précipite ses traits dans l'humide séjour, Soit lorsque le soleil rentre dans sa carrière. Et c]ue, n'étant plus nuit, il n'est pas encor jour, Au bord de quelque bois, sur un arbre je grimpe. Et nouveau Jupiter, du haut de cet Olympe

Je foudroie à discrétion

Un lapin qui n'y pensoit guère.

Je vois fuir aussitôt toute la nation

Des lapins, qui, sur la bruyère,

L'ceil éveillé, l'oreille au guet,

I. Livre X, fable xiv, dans l'édition originale (1679); dans les éditions mo> demes, c'est la fable xr, parce qu'on a marque du cliiffre 1 le Discours à Mme de la Sablière^ qui, dans la première impression, n'est pas numéroté.

a. C'est le seul titre de la fable dans la première édition; plus tard, les éditeurs l'ont intitulée Us Lapins, Le fabuliste lui-même nous apprend dans le dernier vers que c'est la Rochefoucauld qui lui a donné ce sujet (voyez plus haut, p. 309 et note 3).

JUGEMENTS DBS CONTEMPORAINS. 401

S'^yoienty et de thym perfnmoSeot leur banquet.

Le brait da coap fait qae la bande

S'en Ta chercher sa sûreté

Dans la sooterraine cité; Mais le danger s'oublie, et cette peur si grande S'éranouit bientôt : je rerois les lapins, Pins gais qn'aapararant, rerenir sons mes mains.

Ne reconnott-on pas en cek les humains? Dispersés par quelque orage, A peine ils touchent le port, Qu'ils vont hasarder encor * Même Tent, même naufrage.

Yrais lapins, on les revoit Sous les mains de la fortune.

Joignons à cet exemple une chose commune : Quand des chiens étrangers passent par quelque endroit Qui n'est pas de leur détroit *,

Je laisse à penser quelle fête !

Les chiens du lieu n'ayants' en tête Qu'un intérêt de gueule, à cris, à eoups de dents.

Tous accompagnent ces passants

Jusqu'aux confins du territoire.

Un intérêt de biens, de grandeur et de gloire Aux gouTemeurs d'États, à certains courtisans, A gens de tons métiers, en fait tout autant faire.

On nous voit tous, pour l'ordinaire, Piller le snrrenant, nous jeter sur sa peau. La coquette et l'auteur sont de ce caractère :

Malheur à l'écrivain nouveau !

Le moins de gens qu'on peut à l'entour du gâteau ,

Cest le droit du jeu, c'est l'affaire.

Cent exemples pourroient appuyer mon discours $

Mais les ouvrages les plus courts Sont toujours les meilleurs. Eu cela j'ai pour guides ^ Tous les maîtres de l'art, et tiens qu'il Ciut laisser Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser :

Ainsi ce discours doit cesser.

Vous qui m'avez donné ce qu'il a de solide, Et dont la modestie égale U grandeur, Qni ne pûtes jamais écouter sans pudeur

La louange la pins permise»

La plus juste et la mieux acquise -,

I . C'est-à-dire, ressort, district. Le mot, dans ce sens, a vieilli. a. Le participe est ainsi au plurid dans l'édition originale. 3. Tout en Cdsant rimer ce mot avec solide^ la Fontaine l'a mis an pluriel, comme le veut d'ailleurs le sens.

La Rochbtoucauld. i a6

4o» APPENDICE.

Vont enfin dont à peine ai^e eneore oblenn Que TOtre nom re^ id qodqact honunages * Dn tein|M et dfs censeurs défendant met onvraget, Comme on nom qoi, des ans et des pmiples eonnn. Fait honneur à la France en grands noms plas féconde

Qa*aocun climat de l*uniTert ; Permettea-moi, dn moins, d'apprendre à tout le monde Que vons m*af ex donné le sujet de ces Ters.

ODB DE MÀDAMB DU HOUUÈAIS *.

Qnel spectade oflre à ma Tna L'état où vons paroiaaez!

Ah ! que mon âme est émne, Et qne tons m'attendrisses!

Mais d*o& Tient ce dur silence?

Pourquoi porter la constance Jusqu'à ne point soupirer?

Victime d'un fol usage.

Tous croyez que le Trai sage Doit sounirir sans mnnnnrer * ?

On régne sur la nature

Avec assez de succès.

Quand on fait que le murmure

Ke Ta point jusqu'à l'excès.

le ris de ce fier stoiqne

Qui dans les tourments se pique

D'avoir un visage égal ;

Qui, tandis qu'il en soupire,

A l'audace de nous dire :

« La douleur n'est point un mal. »

I . Voyex la fable précédente, dédiée comme celle-ci à la Rochefoucauld .

a. Extrait du recuril de Poésies de Mme Deshoulièrcs ^ Paris, Veuve de S. Mabre>Cramuisy , 1688 , p. 197 et suivantes. Cette pièce et les deux <|ui la suivent sont encore moins que les numéros xxv-xvx (voyet ci-dessus, p. 371, uote 4) <lcs Jufjements sur les Maximes; nous les donnons toutefois comme une annexe naturelle à ce qui précède. — Antoinette du Ligier de la Garde, femme de Guillaume seigneur des Houlières, née eu i638| morte en 1694» s*ett essayée dans presque ti»us les genres poétiques, depuis la chanson jusqu'à la tragédie ; mais on ne se souvient plus guère que d'un petit nombre de ses ^logues et de ses idylles, d'une surtout, les f^ers allégoriques à ses en/antSf datés de j;invier 1693 : fc Dans ces prés fleuris, etc. »

3. Cette ode fut sans doute adressée à la Rochefoucauld à l'oceaason d'nn de ces terribles accès de goutte dont il souffrait si cruellement , et dont Mme de Sérigné parle souvent.

APPENDICE. 4oS

Je sens que de la michine Les invisiblet reMorts, Bien qae l'Ame soit divine, L'unissent avec le corps.

A-t-elie quelque amertume?

Le corps s'abat, se consume.

Et partage son ennui ; Aux douleurs est-il en proie?

L'Ame ne sent plus de joie Et s'affoiblit arec lui*.

Tels, dans les transports qu'inspire Cette agréable saison Ou le cœur à son empire Assujettit la raison ; Tels, dis-je, dans la jeunesse, Pleins d'une vive tendresse On Toit deux parfaits amants Que la sympathie assemble Faire et partager ensemUe Leurs plaisirs et leurs tourments.

Oamon, dans tout ce qu'on nomme

Vulgairement un malheur,

On s'abuse ; il n'est pour l'homme

De trai mal que la douleur'.

L'exil, l'obscure naissance,

La servile dépendance.

Le mépris, Toppresaion,

La pauvreté, qu'on déteste,

Le trépas, et tout le reste,

Sont des maux d'opinion.

Dans l'heui^ux siècle où sans guide On laissoit aller les meeurs.

L'homme n'étoit point avide De richesses ni d'honneurs } Il vivoit de firuits sauvages, Dormoit sous les frais ombrages, Buvoit dans un dair ruisseau ; Sans bien, sans rang, sans envie.

Comme il entroit à la vie.

Il entroit dans le tombeau.

I . Vojes ci-dessus, p. 398, la Lettre du chevalier de Meré, a. Blme des Houlims appartenait à la secte des espriu/oris et des épi* eurientf dont la tradition f comme le iisit remarquer M. Sainte-Beuve, /kr iniii' terrompue an dix>«eptiéme siècle {Port-Royal ^ tume III, p. ii37).

4o4 APPENDICE.

Ce penchant pour let dttee>y Qui noos mût jusqu'au wrcmiii, Eat, ainai que tout lat wiem, Vowm^t de notre orgneil.

Dans one doooe retxatoe.

Qu'arec plaisir il s'est Idte, Le sage est heureux sans bien :

De quoi pourroit-il se plaindre. Lui qui ne voit rien à craindre Et qui ne désire rien?

Que sur lui la foudre gronde; Que les fougueux aquilons^ Sous sa nef, ourrent de l'onde Les gouffres les plus profonds ; Qu'un tranchant acier s'apprête A faire tomber sa lète.

Bien ne le peut émouToir; Il est toujours impassible, Sous quelque fonne terrible Que la mort se fasse voir*.

Biais qu'intrépide, il afllîronte Tant qu'il Toudra cet instant Qui n'est rien, et qu'à leur honte Tous les hommes craignent tant :

Une douleur, qui ne cède Au temps non plus qu'an remède, Triomphe de son repoe; Il soupire en ce rencontre'.

Et malgré sa force il montre L'homme à travers le héros'.

Vous qui marchez sur ses traces.

Vous que les cienx ennemis A de si longues disgrâces Ont injustement soumis.

Quittez ces dures contraintes ; Adoucissez par des plaintes De tos maux la cruauté :

I. Cette strophe remet en mémoire les célèbres ters d'Horace (KTre III, «ifeiu), dont «Ile est une imitation d'ailleurs assez faible :

Justum ac tenacem proposUi virum, etc.

a. I^e genre de ce mot, dans le sens ^oceasion^ conjoncture ^ a été longtemps indécis. Vaugelas et Ménage tculent qu'il soit toujours féminin ; Furetière (1690) ne l'admet an masculin qu'en style de blason.

i. Voyez la maxime ai.

APPENDICE. 4o5

Songez qn'inaeonble aux TÔtret, On Toos croira pour les antres Peu de aensibilité.

Ponr le dÎTorce qn'aminent Ces contrastes douloureux Où les âéments reprennent Tout ce qu*on a reçu d'eux ^, Réserrex ce front tranquille :

C'est là qn*il est inutile De se plaindre de ses maux ; C'est là que l'orgueil succombe, C'est là que le masque tombe Qui couTroit tous nos débuts.

Oui, soyex alors plus ferme Que ces rulgaires humains Qui, près de leur dernier terme, De vaines terreurs sont pleins :

En sage que rien n'offense, LirrexF-TOus sans résistance A d'inéritables traits.

Et d'une démarche égale Passex cette onde fatale Qu'on ne repasse jamais.

Tout ce qu'on a tu de sages

Aux plus renommés dimats

Ont cherché, dans tous les âges.

Ce que c'est que le trépas ;

En Tain ces esprits sublimes

Sondent de profonds abîmes

Pour nous en entretenir :

Pas un seul, dans leur grand nombre,

N'a pu percer la nuit sombre

Qui nous cache l'aTenir.

Plein d^une austère sagesse.

L'un' fait de saTants efforts Ponr établir que sans cesse Les âmes changent de corps ; L'antre*, osant donner atteinte

I . Ces quatre Ters assez obscurs sont pour signifier la mort^ et la mort telle que l'entendait Épicure, dont on retrouve encore un précepte, ou un enoou» ragement, dans la strojÂe suirante.

a. Pjthagore.

3. Mme des Houlières Teut sans doute parler d'Épicure; mais l'opini<m qu'elle lui attribue aTait été, aTant lui, cdie de Démocrite. « Démocritc tt Kpi-

4o6 APPENDICE.

A U Mlataire cndnte Qo'on a da diTin eonxTOiix, Noos asBoro que U rie De rien ne sera MiiTie, Et que toat meort aTcc boos.

Le plot fort de cet giwub OMltree*

Se sert de tout ton esprit

A •ootenir que des êtres

La seule forme périt.

Que le corps se décompose.

Qu'il se fait de chaque chose

Des arrangements diTcrt»

Et que toujours la matUre ,

Infinie, active, entière.

Circule dans TuniTen.

D'autres croyent qa*an Tartare

Et qu'aux Cbamps-Élyséene

Un juste arrêt nous prépare

De grands maux on de grands bien»;

Bfais quand notre âme éclairée

Ne seroit pas assurée

Que c'est là le bon parti,

L*amour-propre feroit soÎTre

Une loi qui nous délÎTie

Du sort d'être anéanti.

D'autres.... Mais à quoi m'engage Le soin de tous consoler?

II est un certain bngage Que je ne dois point parier.

Par une aveugle manie,

cure, dit Plutxrqoe, croient que l'Ame est corruptible et qu'elle périt avec le corps. M (i>er Opinions des philasopheSy livre IV, chapitre vii.)

I. Cette strophe, comme la précédente, manque de netteté et de prcciaion. S'a^t-il d*un philosophe moderne, de Spinoza, par exemple? On iiourrait le croire, car, deux strophes plus haut, Mme des Houlières parle des philosophes de tous les àges^ et Duvle la rattache, iNir son maître Uénault, à la secte déjti fort suivie, m^me dès le dix-septième siècle, du célèbre panthéiste (voyez le Dictionnaire de Bajie , articles Hènault et Spinoza) . Si, au COBtraîre, il s'agit d'un ancien, à qui rapporter l'ullusion, de Démocrite ou d^picure? Mme des H(»uUèr(^s, dans ce cas, parlerait encore d'une doctrine qui leur était commune, car le second avait adopté, en très-grande partie, la théorie at(»mistique du premier. Ce verbe au présent: « se sert de tout sou esprit, M ne convient pas bien à des philosophes dont nous n'avons plus les éôits. N'étaient les mots : « Le plus fort de ces grands maîtres, u on penserait plutôt à Lucrèce, qui, dans son poème de Rerum natura , nous expose arec tant de vigueur et parfois d'éclat ces anciens systèmes de philosophie et de physique.

On borne notre génie '

À suivre an triste devoir j

On veut qu'aux errenrs sujettes,

La Nature nous ait faites

Pour plaire, et non pour savoir.

Finissons donc on ouvrage Écrit pour vous seulement, Pour vous, Damon, de notre âge La gloire et rétonnement; Pour vous sur qui l'éloquence A répandu, dès l'enfance.

Les trésors à pleines mains :

Pour vous de qui la sagesse Passe celle dont la Grèce Donna l'exemple aux Romains.

L^AMOUa-PHOPaE.

ODE A MONSEIGNEUR LEVEQUE DE S0X»80JBl^ *

par Houdar de la Motte (1709)'.

Démêlons tous les stratagèmes De l'instinct qui nous guide tous :

Mortels, nous nous aimons nous-mêmes, Et nous n'aimons rien que pour noos^.

De quelque vertu qu'on se pique, Ce n'est qu'un voile diimérique Dont l'amour-propre nous séduit ^;

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