‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 5)Chapitre 50 sur 364 · Mémoires de GournUe^ p» s · texte numérisé non relu

Mémoires de GournUe^ p» s

Lxii NOTICE BIOGRAPHIQUE ^C.

nërale et le discrédit. Des hëros de la veille, les uns se sont aussitôt ranges aux côtés du monarque, les autres, les plus compromis, ont d'abord reçu Tordre d'aller dans leurs terres, et les esprits comme les temps sont si bien changés, que ces mêmes seigneurs qui naguère , au moindre froissement d'amour-propre, pensaient punir le pouvoir en se retirant avec hauteur dans leurs gouvernements ou leurs fiefs, se regardent à présent comme trop punis d'y rester ; aussi ont-ils hâte d'être pardonnes, de revenir à la source des faveurs, de quêter un regard du maître, de se trouver, dit le fabuliste,

.... Au coucher, au leTcr, à ces heures Que Ton sait être les meilleures'.

Le prince de Condé est rentré en France depuis deux ans ; il a désavoué le passé devant le Roi, qui lui a fait bon accueil, se bornant à lui dire fièrement : « Mon cousin, après les grands services que vous avez rendus à ma couronne, je n'ai garde de me ressouvenir d'un mal qui n'a apporté du dommage qu'à vous-même '. » Monsieur le Prince n'a plus cette morgue hautaine et ce ton de raillerie blessant qui avaient rebuté jadis jusqu'à ses amis les plus chauds. Il s'efiace devant le Roi et les ministres ; au Conseil, où son rang lui donne place, c'est à peine s'il émet une opinion, et surtout s'il ose la soutenir, à moins de la savoir approuvée \

1. La Fontaine, livre VII, fable xii : PHomme qui court aprh la Fortune et V Homme qui Vattend dans son lit^ vers 89 et 40.

2. Histoire de Louis de Bourbon^ prince de Condé ^ par Pierre Coste, dans \e% Archives curieuses de C Histoire de France^ 1^ série, tome VIII, p. i5o. — Cette histoire, imprimée, pour la première fois, à Amsterdam, en 1691, est suivie d^une série de portraits des hauts personnages du temps.

3. La duchesse de Cliâtillon, une ancienne amie des mauvais jours, lui ayant reproché une fois de ne pas tenir son rang, il lui répondit : a Madame, je nUgnore pas ce que vous venez de me représenter, et assurément je n*ai pas besoin qu^on m^invite à faire valoir Tautorité qui est due à ma naissance ; j'y serois assez porté de moi-même, si le Roi étoit moins jaloux de son pouvoir et moins heureux quUl n*est ; mais aussi. Madame, si vous connoissiez son humeur comme je la connois, vous me parleriez d^une autre manière que vous ne faites. 0 {Pierre Coste ^ ibidem^ p. a5i.)

SUR LA ROCHEFOUCAULD. lziii

Ed son |)aiticiiliery Condë continue, suivant l'expression de Sully, le ban ménage de son père. « Il prend connoissance exacte de tout ce qui se passe dans sa maison, et, après la grande alliance qu'il a faite de son fils unique avec une princesse de la famille Palatine, il ne pense plus qu'à leur amasser de quoi fournir à l'illustre dépense qui se fait dans cette éclatante maison^. »

Le duc d'Orléans, cet autre héros de la Fronde, est mort (1660] à l'âge de cinquante-deux ans, dans une fervente con« trition du passé*. Retiré à Blois et continuant de suivre les sentiments et les goûts de ceux qui étaient auprès de lui, il s'était modestement attaché à la botanique et à la connaissance des médailles : « occupations peu convenables à un prince, » ajoute naïvement l'auteur de V Histoire de Condé*.

Le prince de Conty, marié à une nièce de Mazarin, ne se montre pas moins doux et moins débonnaire; il a seulement conservé de sa jeunesse des goûts qui rappellent son premier état d'homme d'Eglise. « Il est très-savant en toute sorte de sciences, et s'est fait admirer publiquement dans la plus célèbre assemblée de l'Académie par son grand esprit et pour sa capacité à traiter des plus hautes matières de la théologie *. » Il publiera sous son propre nom, dans quelques années (1667), un livre des plus édifiants sur les Devoirs des grands. Surtout l'auteur contemporain ne tarit pas sur la vertu et la salutaire influence de sa femme : « Par elle, il a sauvé la vie à un million de personnes pendant la famine, et a contribué au salut de plusieurs âmes qu'elle a attirées à l'odeur de la vertu; si bien que ce prince et cette princesse sont aujourd'hui les vrais miroirs de la piété dans la grandeur et dans les richesses^. » Voilà certes un genre de gloire auquel n'avait point visé tout d'abord l'adorateur de Mlle de Chevreuse, le lieutenant de la Fronde en Guyenne.

Mme de Longueville, de son côté, étonne le monde par son

I . archives curieuses de P Histoire de France^ Us Portraits de la cotir^ BU tome cité, p. 889.

9. Voyez les Mémoires de Mme de Motteptiie^ tome IV, p. 178-180,

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