CARDINAL DE RETZ
Paul de Gondi, cardinal de Retz, a beaucoup d'élévation, d'étendue d'esprit, et plus d'ostentation* que de ▼raie grandeur de courage. 11 a une mémoire extraordinaire; plus de force que de politesse dans ses paroles; l'humeur facile', de la docilité' et de la foiblesse à souffrir les plaintes et les reproches de ses amis ; peu de piété, quelques apparences de religion. Il paroi t ambitieux sans l'être ; la vanité, et ceux qui l'ont conduit lui ont fait entreprendre de grandes choses, presque toutes opposées à sa profession; il a suscité les plus grands désordres de l'Etat, sans avoir un dessein formé de s'en prévaloir*, et bien loin de se déclarer ennemi du car-
I. La Rochefoucauld, dans ses Mémoires, dit, en parlant du cardinal de Retz : c U a voit de Télévation et de Tesprit ; i et un peu plut loin : c 11 avoit de Torgueil et de la fierté. »
a. Nous lisons de même dans la partie des Mémoires que nous ▼enons de citer : « Sou humeur étoit facile. »
3. Dans Tédition des Mémoires de Retz, de M. ChampoUion-Figeac, on a imprimé : solidité^ au lieu de docilité, — Mme de Sévigné, dans une leUre à sa fille (tome V, p. 5 19}, dit à peu près de même, en parlant du Cardinal : c Jamais je u*ai vu un cœur si aisé ii gouverner.»
4. On peut croire que Tauteur pensait au cardiual de Retz, lorsqu'il écrivait les maximes 160 et 343 : c Quelque éclatante que soit uue action, elle ne doit pas passer pour grande lorsqu'elle u*e$t pas IVffet d*un grand dessein. » — c Pour être un grand homme, il faut savoir profiter de toute sa fortune, n
ao PORTRAIT DU CARDINAL DE RETZ.
dinal Mazarin pour occuper sa place, il n'a pensé qu'à lui paroi tre redoutable, et à se flatter de la fausse vanité de lui être opposé. Il a su néanmoins *' profiter avec habileté des malheurs publics pour se faire cardinal ; il a souffert sa prison avec fermeté, et n'a dû sa liberté qu'à sa hardiesse*. La paresse' l'a soutenu avec gloire, durant plusieurs années, dans l'obscurité d'une vie errante et cachée. Il a conservé l'archevêché de Paris, contre la puissance du cardinal Mazarin ; mais après la mort de ce ministre, il s'en est démis, sans connoltre ce qu'il faisoit, et sans prendre cette conjoncture pour ménager les intérêts de ses amis et les siens propres. Il est entré dans divers conclaves, et sa conduite a toujours augmenté sa réputation *. Sa pente naturelle est l'oisiveté; il travaille néanmoins avec activité dans les affaires qui le pressent, et il se repose avec nonchalance quand elles sont finies, n a une grande présence d'esprit, et il sait tellement tourner à son avantage les occasions que la fortune lui offre*, qu'il semble qu'il les ait prévues et désirées. Il aime à raconter; il veut éblouir indifféremment tous ceu^ qui l'écoutcnt par des aventures extraordinaires, et souvent son imagination lui fournit plus que sa mémoire. U est faux dans la plupart de ses qualités^, et ce qui a le plus