‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 186 sur 239 · A mademoiselle DE SILLERY · texte numérisé non relu

A mademoiselle DE SILLERY

Paix ! chut I lisez ma lettre tout bas ; prenez garde que personne ne vous la voie lire; les murailles parlent. NVn dites mot à âme vivante; ma sœur mourroit de mort subite si elle savoit le malheur qui est arrivé. Vraiment ! c'est bien pis que le Chevalier, c'est bien pis que si ses filles avoient fait faux bond, que si elle lavoit fait elle-même : Dieu me pardonne, et elle aussi ! Enfin que vous dirai-je? Paris va abîmer.... Mais par où abimera-t-il? Vous croyez sans doute que c'est par le Marais du Temple ^ : point du tout, ma mie; c'est... .

Lbxtbx lia. — Nous ne savons où se troure l'original de cette lettre, que nous donnons d'après le texte du Pttii Magasin des Damês^ 1806, p. m; elle a ëtë reproduite dans les éditions de 181 8, p. ^35, de i8a5,p. 47$, et de 1869, p. 849, ainsi que par Cousin, dans Madame de Sablé ^ p. 5a x. Elle est adressée par notre auteur à sa nièce, fille du marquis Louis Brûiart de Sillery : iroyez ci-dessus, p. 176, la note préliminaire de la lettre 83, où nous arons fait, au sujet de Tauthenticité, des réserves qu'il convient, croyons-nous, de répéter ici.

I. Il y avait, entre le faubourg Saint-Martin et le faubourg du Temple, un terrain marécageux, qui donnait son nom à la rue des Marais, dite autrefois a des Marais du Temple, » laquelle, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, n'était encore bordée que d'un petit nombre de constructions.

ftaa LETTRES. .

Toserai-je prononcer ? Taisez-'Yous, bouchez toutes les fenêtres, éteignez les bougies, fermez les yeux, lisez à tâtons.... Cest par le faubourg Saint- Jacques. Nous sommes tous perdus. L'eussiez- vous cru? Par le faubourg Saint- Jacques' ! Quel faubourg, grand Dieu ! A qui se fîera-t-on ? Mais par qui le crime a-t-il été commis? Un disciple de Baron ^, un ami de la vérité, un demi-père de FÉglise, P.... D.H.P. a été trouvé couché entre deux draps, non-seulement avec une femme, mais avec deux, dont Tune étoit sa cousine germaine, et l'autre sa pénitente. Toutes les bonnes âmes ont quitté le quartier, et Ton croit qu'on va raser le faubourg.

II 3. A LA MARQUISE d'hUXELLES\

Je serois ravi de vous pouvoir croire, mais je n'ai

a . Les couTents étaient nombreux dans le faubourg Saint-Jacques, et beaucoup de laïques pieux y habitai^t.

3. C'est-à-dire un dominicain. Vincent Baron, ne en i6o4, mourut en 1674. Entre dans Tordre de Saint-Dominique, il fut élu, en 1657, prieur de la maison du noviciat, fondée, en rertu de lettres patentes de i63a, dans le faubourg Saint-Germain, et auprès de laquelle fut bâtie plus tard Péglise de Saint-Thomas d*Aquin.

LsiraE ii3. — Diaprés une copie conservée à la Bibliothèque de l'Arsenal, Belles-lettres françaises j n^ 3202 (ancien 369), i vol. in-4<>, fol. 3 et 4* Il est impossible de deviner à quel propos le libraire Barbin est ici nommé et de quel livre il s'agit. Serait-ce du roman, la Princesse de Clèves, publié en 1678? — Au verso de la couverture du recueil manuscrit d'où nous tirons cette lettre, se lit cette note écrite et signée par le marquis de Jarzé : « Ce livre m'a été laissé par testament par [Marie] de Bailleul, marquise d'Huxelles, morte au mois de mai (avril) 171a [voyez la fin de la note i), qui m'honoroit de son amitié depuis vingt ans, et dont le mérite a été reconnu de tout ce qu'il 7 a eu de plus honnêtes gens à la cour pendant qu'elle a vécu. A Paris, ce ia« juin mil sept cent douze.

« Jabzb. »

I. Marie de ou plutôt le Bailleul, fille du président de ce nom.

LETTRES. aa3

garde : je sais que Ton vous a rendu ses devoirs, et ie le sais comme un jaloux qui craint qu on n'y ait pas manqué. Je vous sacrifierai Mme de Chavignj', quand vous voudrez. La victime n'est pas jeune, mais excusez, le sacrificateur ne Test pas aussi. Je n'ai pas entendu parler de Barbin ni de livre. Je sais que la faute vient de lui, et vous êtes la plus spirituelle et la meilleure amie du monde. C'est dommage que vous ne soyez que cela.

III^. A MADEMOISELLE d'aUMALeV

Yertœil, le 4 de décembre.

Hélas ! je croyois que vous étiez au milieu des pompes et des félicités de la cour, et je n'ai rien su de l'état où vous avez été. Personne assurément n'a osé me l'apprendre. Cette excuse est bonne pour me justifier au-

arait ëpousé, en février i644i François de Brichanteau, marquis de Nangis, puis, en secondes noces, le 5 octobre de Tannëe suivante, Louis-Chalon du file, marquis d*Huxelles, lieutenant gënëral des armées, qui mourut en i658, au moment où il venait d'obtenir le brevet de marëchal de France. La marquise, qui passait pour être très-galante et avait été fort distinguée par le surintendant Foucquet, ëtait en correspondance avec un grand nombre des personnages les plus considérables de son temps. Elle mourut le 29 avril 171a, âgée de quatre-vingt-six ans.

1. Probablement Anne Phëlypeaux, veuve, depuis i65a, du comte de Cbavigny, morte le 3 janvier 16949 à l*âge de quatrevingt-un ans.

LvTTRB 114. — Portefeuilles de Fallantj tome II, fol. 181 et i8a, autographe. Deux feuillets in-4° ; un seul cachet conservé *, au dos : « Rochefouc. à Mlle d'Aumale. lo Publiée dans les éditions de 181 8, p. 3a3, de i8a5, p. 4^4? ^^ 1869, p. 3i4, et dans Madame de Sablé^ p. 507. Cette lettre, comme en avertit Y. Cousin, avait disparu des Portefeuilles de Valleuit, Elle a été récemment restituée et remise à sa place.

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