A LElfET
A Paris, le 17' novembre i652.
Je n*ai point reçu de lettres de vous par ce courrier, et, quoique je sois bien embarrassé, je ne laisse pas que de vous écrire ce mot pour vous dire que M. de la Rochefoucauld ayant fait tout son possible pour qu^on lui tînt la parole qu'on avoit donnée pour lui à M. de Turenne, M. le Tellier et tons les autres s'y sont tellement opposés qu'il n'en a pu venir à bout. Il fit demander pour une dernière^, il y a deux jours, par MM. de Mortemart^, Miossens et Brienne', un passeport pour aller à la Rochefoucauld *, et on le lui permit bien, mais on lui dit en même temps qu'il ne seroit point en sûreté, de sorte qu'il en fit demander un
Lbttrb 43* — Manuscrits de Lenet^ tome Y, fol. 114 et 11 S, de la main de Gourville; au dos : « M. de la Rochefoucanlt ; » un cachet conserve, l'autre arrache.
I . Gourville a sans doute par mégarde omis ici le mot fois, 3. Gabriel de Rochechouart, marquis, puis (i65o) duc de Mortemart (dans le manuscrit, Mortmart)^ premier gentilhomme de la chambre du Roi, mort en 1675, à Tâge de soixante-quinze ans, père de Françoise-Athénais, qui épousa, en i663, le marquis de Montespan, et fut, pendant quatorze ans, maîtresse de Louis XIV.
3. Sur Miossens, voyez ci-dessus, p. 56, lettre 23, note 4*7?* ^4? lettre 34, note 11 ; et sur Brienne, p. 54, lettre 31, note 18.
4. « La Rochefoucauld, dit Maichin {Histoire de Saintonge^ Poitou^ jaunis et Angotimois^ 1671, p. 335), est un des plus beaux ornements du pajs d'Aiigoumois.... C'est une ville située à quatre lieues d'Angouldme, érigée en duché et pairie, où passe la rivière de
Tardoire Le château y est grand et magnifique.... La rivière de
Bandiac et la forêt de Braconne n'en sont pas éloignées. M. le duc de la Rochefoucauld est le premier vassal du duché d'Angoulême, et a les plus belles terres du pays, car il est, entre autres, seigneur des baronnies de Montignac et de Verteuil, et d*un très-grand nombre de fiefs qui en relèvent, et a pour son lieu de plaisance et de divertissement l'agréable maison de Vaugay, dont l'empereur Charles le Quint loua extrêmement le séjour, d
ii6 LETTRES.
-pour aller trouver Monsieur le Prince, ce qui lui fut accordé, et on lui permet de demeurer à Baigneux jusques à mercredi, auquel jour il doit partir pour aller trouver Monsieur le Prince, et de là à Damvilliers ' ou à Bruxelles. Cependant sa cataracte augmente de jour à autre, et sa vue en diminue continuellement. Nous sommes après pour traiter avec un nommé Lasnier, oculiste, afin qu il vienne à Bruxelles lui abattre la cataracte, lorsqu'elle sera en état d'être abattue. Et pour ce qui est de Mme de la Rochefoucauld, elle s'en ira chez elle, aussitôt après le départ de Monsieur; et moi, je vais cette semaine quérir M. le prince de Marcillac, et puis nous irons ensemble joindre Monsieur le Prince®. La prise de Sainte-Menehould "^ est toute assurée, et
5. Petite Tille du Luxembourg français (Meuse, arrondissement de Montmëdy, à ringt-quatre kilomètres de cette ville), souvent mentionnée dans les Mémoires, Elle avait été prise aux Espagnols en i65o; le marquis de Sillerj, beau-frère de la Rochefoucauld, en était gouverneur.
6. Dans une lettre de l'abbë Viole à Lenet, en date du dimanche a4 novembre i65a {ibidem^ fol. a34 et a 3 5), on lit (fol. a35) ce qui suit : ce Vendredi partit M. de la Rochefoucauld, avec passe-port de la cour, pour aller joindro Monsieur le Prince. Des gens qui croient bien savoir des nouvelles assurent qu'il j va aussi pour faire faire quelques propositions à Monsieur le Prince de la part de la cour. Il a envoyé M. Gourville en Poitou quérir le prince de Marcillac. Je ne sais si cette négociation réussira, mais nous en avons bien besoin; en vérité, tout se ruine, et je ne sais pas qui pourra dire qu'il a du pain, o Vojez aussi les Mémoires de Gourville (p. a68), où il est dit, par erreur, que c'est a vers la fin de septembre » que a M. de la Rochefoucauld s'en alla, avec une partie de sa famille, à Damvilliers. » Il faut, au lieu de septembre^ lire novembre.
7. Sainte- Menehould (dans l'original, Menehoue), ville du Rémois (Marne), devant laquelle Condé avait mis le siège au commencement de novembre (voyez plus haut, p. 109, lettre 39, note 9); elle fut reprise, le a5 novembre de l'année suivante, par Turenne. Voyez Montglat^ tome II, p. 38a et 383, p. 419-421 ; et ci-après, dans V appendice i, p. 374, la note 6 de la lettre ao.
Monsieur le Prince est encore devant Donchery'. Quelques-uns le croient pris.
Il y a ici un conseiller qui doit présenter requête au Parlement, sur ce que, nonobstant' la déclaration de 1648, on lève un écu sur chaque muid de vin pour entrée, qui en avoit été diminué.
On a mis à *• la Bastille M. de la Hillière**, sur le prétexte qu'il avoit commerce avec M. de Beaufort, ce qui ne s'accorde pas au traité qu'on disoit que Mme de Montbazon avoit fait avec la cour de son consentement.
Le cardinal de Retz ne s'éloigne pas du voyage que la cour lui veut faire faire à Rome, pourvu qu'on lui donne beaucoup de part à toutes les affaires de ces quartiers-là".
8. Oonchery (dans Forigmal, Duneherjr), ville du Rëthelois (Àrdennes, arrondissement de Sedan, à six kilomètres de cette ville). Le pronom ie qui suit se rapporte-t-il à Donchery ou à Sainte* Menehould?