A LEIÏET
J'ai reçu votre lettre dans le moment que mon fils partoit pour s'en * aller à Paris. Je vous rends mille trèshumbles grâces de votre soin ; ma femme et toute ma famille vous en font tous les remerciements possibles. Je suis extrêmement fâché du mal de M. de Guitaut; je donnerai charge qu'on m'en mande exactement des nouvelles. J'ai bien cru que vous ne vous exempteriez pas aisément du voyage de Chàteauroux ' ; je souhaite qu'il se fasse agréablement et utilement. Je vous envie bien vos soirées à l'hôtel de Nevers*. Je suis à vous plus que personne; j'ai tant de hâte, que je ne puis vous entretenir plus longtemps.
Suscription : Pour Monsieur l'Enet.
Lettre 48* — Manuscrits de Lenet^ tome XX IV, fol. i47i autographe ; rien au dos ; cachets consenrës. — Tout en plaçant ici cette lettre de date incertaine, qui peut être postérieure à la rentrée de Lenet en France en lôSg, nous convenons qu^elle pourrait aussi avoir été écrite, bien avant cette date, en i65o, après la première paix de Bordeaux, quand le duc s^est retiré à Verteuil, que Lenet vojage pour diverses missions, que Guitaut est malade {Mémoires de Lenet, p. 437) • Les remerciements du début, à Toccasion du soin pour un fils allant à Paris, paraissent s^appliquer à un fils encore adolescent ; mais comme rien ne nous dit de quel fils il s'agit, cela ne peut nous aider à mieux fixer la date.
1. S^en surcharge un autre mot; à la ligne suivante, devant femme (famé), est biffé et,
2. La ville de Chàteauroux (Indre) appartenait au prince de Condé. C'est là qu'il relégua sa femme, après le scandale de 1671, et qu'elle vécut jusqu'à 1694, date de sa mort.
3. L'hôtel de Nevers, qui devint ensuite (vers 1669) l'hôtel de Conty, était situé sur le quai de la rive gauche, près du Pont-Neuf, là où est maintenant Thôtel des Monnaies. Acquis, en 157a, par Louis de Gonzague, duc de Nevers, lequel l'avait fait reconstruire, il avait été vendu, en 164 1, à Henri de Guénegaud, seigneur du Piessis et de Fresne, marié à Isabelle de Choiseul, dont il est question
49* A LA MARQUISE DE SABLÉ ^ i659
Je vous envoie vos sentences d'aujourd'hui, et j'ai écrit à M. Esprit^ pour venir demain voir l'ouvrage tout
dans la leltre io8, p. 317 et note i.CVtait, ditleP.Rapin dans ses Mémoires (tome II, p. ^^j)^ a le réduit le plus agréable de Paris par le concours de la plupart des gens d*esprit. »
Lbitbb 49* — Bibliothèque nationale, Portefeuilles de Wallant^ tome U, fol. 143, autographe; au dos: « M. de la rochefoucau (jîc). » Elle a été publiée dans les éditions de 1818, p. aa5, de i8a5, p. 4^7) de 1869, p. 3ao, et dans Madame de SabU^ p. 509. — La fin paraît' faire allusion au projet de mariage de Jeanne-Charlotte du Plessis-Liancourt, fille unique de Henri du Plessis, duc de la Roche-Gujon, avec le fils de notre auteur, François YII^ prince de Marcillac, mariage qui eut lieu le i3 novembre 1659. On ▼oit, par les Mémoires de Gourville (p. 269), que cette union avait été négociée dès la fin de i653.
I. Madeleine de Souvré, fille de Gilles de Souvré, marquis de Courtenvaux et de Françoise de Bailleul; née en 1599, elle épousa, le 9 janvier 1614, Philippe-Emmanuel de Laval, marquis de Sablé, mort le 14 juin 1640, et mourut elle-même le 16 janvier 1678. — Voyez sur elle et sur ses relations avec la Rochefoucauld, la Notice biographique^ p. lxvii et suivantes, et deux ouvrages de V. Cousin : Madame de Sablé (particulièrement p. 106 et suivantes, édition de 1 869), et la Société française au dix^septième siècle (tome II, chapitre viii).
a. Jacques Esprit, de PAcadémie française, néàBéziers en 161 1, mort en 1678. Pensionné d'abord par Mme de Longueville et par le chancelier Seguier, il se mit ensuite dans TOratoire, d'où il sortit pour se marier et s'attacher au prince de Contj. Il est auteur de maximes intitulées : la Fausseté des vertus humaines, dont le 1^^ volume a paru en 1677, le second en 1678, c'est-à-dire la même année que l'édition définitive des Maximes de la Rochefoucauld, que les Maximes de d*Jilly et celles dé Mme de Sablé (voyez dans notre tome I, la fin de la note 3 de la page 35 1). Tallemant des Réaux (tome V, p. 376) lui a consacré une historiette, et V. Cousin quelques pages dans Madame de Sablé (p. 11 8-1 a a), où il lui attribue par erreur les Maximes politiques mises en vers (1669), qui sont ï'œurre du frère aîné de l'académicien, le P. Thomas EUprit, de l'Oratoire. Ces Maximes politiques sont dédiées, non pas, comme le
ia6 LETTRES.
entier. Je vous supplie très-humblement de ne rien dire à personne de Fespérance que je vous ai dit que j'avois que Mlle de liancourt vous feroit gagner votre gageure, car on pourroit lui écrire des choses' qui fortifieroient les sentiments contraires à ceux que je lui souhaite.
5o. AU PRIJMGE DE GONDÊ.
Monseigneur,
Je ne pense pas avoir besoin de beaucoup de paroles pour persuader à Votre Altesse Sérénissime la joie que j'ai de son retour en France, accompagné de tant de
dit Cousin, à Montausier, gouverneur du Dauphin, mais au Dauphin lui-même, avec une lettre à Montausier, que Fauteur prie de les faire lire au Roi. On peut voir encore sur Jacques Esprit une étude de M. Soucaîlle, professeur au collège de Béziers (1867, in-8®), et un chapitre du livre de M. Kerviler sur le Chancelier Pierre Seguier (1874, in-8», p. 5i 1-537).
3. Ces « choses » pourraient bien être les relations du futur avec Mme d*01onne. Mademoiselle rapporte (tome III, p. 357 et 358] qu^il 7 eut tout un complot, où intervinrent Tabbë Foucquet, le comte de Guiche, Mme de Guëmené, le maréchal d^Albret ; que ce dernier alla dénoncer le commerce de galanterie, montrer les lettres de Marcillac à M. de Liancourt, « pour le dégoûter de lui donner sa petite-fille, » mais que ce fut en vain.
Lettre 5o. — Copiée sur un autographe conservé dans les archives de la maison de Coudé et appartenant à Mgr le duc d*Âu~ maie. Deux feuillets; cachets endommagés. — La lettre est de 1659, antérieure de six jours au départ pour la France du prince de Condé, qui quitta Bruxelles le ag décembre et arriva à Coulommiers le 5 janvier 1660. Le traité des Pyrénées avait été signé le 7 novembre, ratifié par le Roi le a4i P^^ l'Espagne le 10 décembre; Guitaut avait apporté au Roi, à Toulouse, la déclaration de Condé le même jour, 10 décembre ; et le prince se disposa à rentrer dans sa patrie aussitôt après avoir reçu la réponse du Roi.
gloire et de tant d'avantages ^ Car je m*iniagine, Monseigneur, que vous me faites toujours Thonneur de croire que j'ai pour tout ce qui touche Votre Altesse Sérénissime les mêmes sentiments que ses serviteurs particuliers doivent avoir; j'espère que, dans le nombre infini de ceux qui diront la même chose en cette rencontre à Votre Altesse Sérénissime^ Elle voudra bien me faire assez de justice pour croire que personne ne peut prendre plus de part que moi à sa satisfaction, ni être si véritablement que je suis, Monseigneur,
De Votre Altesse Sérénissime très-humble et très-obéissant serviteur.
Là Rochefoucauld.
A Paris, le a3"» de décembre [1659].
Siiscription : A Monseigneur Monseigneur le Prince.
5l. A LA MARQUISE DK SABLÉ.
Je ne pensois pas vous pouvoir faire des reproches dans un temps où vous me faites tant de bien ; mais enfin
I. Le traité stipulait a que Monsieur le Prince seroit rétabli dans ses honneurs, ses biens, ses titres et ses gouvernements. » Voyez V Histoire de Louis de Bourbon^ second du nom^ prince de Condé, . . , par M. Desormeaux, 1769, tome IV, p. i6a. Le mot de gloire^ qui peut étonner im peu, est employé dans cette histoire, quelques lignes plus bas, absolument dans le même sens, plus large que celui d*à présent, où le prend la Rochefoucauld : « On peut dire que jamais prince qui n^étoit pas souverain ne sortit avec plus de ^oire que Condé de Tabîme où les passions Tavoient égaré, d
Lettbb 5i. — Portefeuilles de Fallant^ tome II, fol. Ii5 et 116, autographe ; cachets conservés ; au dos : a Rochefoucau {sic). Elle a été publiée dans les éditions de 18 18, p. 118, de i8a5, p. 445,
jggQ je trouve que vos soins et vos bontés demandent toute autre chose de moi que de souffirir patiemment votre silence. Je viens d'en faire mes plaintes à Gk>urville, qui va passer en Languedoc, en Provence et en Dauphiné^ et qui sera cependant dans trois semaines à Paris. Il me parle si douteusement du jour du mariage * que je ne vous en puis rien dire d'assuré ; je suis même fâché qu'il n ait rien remarqué de vos bons amis les Espagnols' qui les * fasse juger dignes de Festime que je vous en ai vu faire. On ne parle que de la magnificence des habits de notre cour"; il me semble que c'est mauvais signe pour ceux qui les portent, et qu'ils devroient souhaiter qu'on parlât d'eux aussi. Continuez -moi l'honneur de vos bonnes grâces, et croyez, s'il vous plaît, que personne du monde ne les souhaite et ne les estime tant que moi.
Suscription : Pour Madame la marquise de Sablé.
de 1869, p. 3o3, et dans Madame de Sablé^ par V. Cousin, p. Soi. La date est évidemment 1660 : il est question du prochain mariage du Roi avec Pinfante d*£spagne, Marie-Thërèse.