LIVRE DIXIÈME
Ce rayon n'avait pas traversé de nuage! Son pas insouciant, indécis, balancé, Flottait comme un flot libre où le jour est bercé , Ou courait pour courir; et sa voix argentine, Écho limpide et pur de son âme enfantine , Musique de cette Ame où tout semblait chanter, Égayait jusqu'à Fair qui l'entendait monter I
Mais pourquoi m'entratner vers ces scènes passées? Laissons le vent gémir et le flot murmurer; Revenez, revenez, ô mes tristes pensées! Je veux rêver et non pleurer I
Mon image en son cœur se grava la première.
Comme dans Tœil qui s'ouvre, au matin, la lumière;
Elle ne regarda plus rien après ce jour;
De l'heure qu'elle aima Tunivers fut amour I
Elle me confondait avec sa propre vie.
Voyait tout dans mon âme, et je faisais partie
De ce monde enchanté qui flottait sous ses yeux,
Du bonheur de la terre et de l'espoir des cieux.
Elle ne pensait plus au temps, à la dislance;
L'heure seule absorbait toute son existence ;
Avant moi cette vie était sans souvenir.
Un soir de ces beaux jours était tout l'avenir!
Elle se confiait à la douce nature
Qui souriait sur nous, à la prière pure
Qu'elle allait, le cœur plein de joie et non de pleurs,
A lautel qu'elle aimait répandre avec ses fleurs :
Et sa main m'entraînait aux marches de son temple,
Et, comme un humble enfant, je suivais son exemple,
Et sa voix me disait tout bas : « Prie avec moi!
Car je ne comprends pas le ciel même sans toi ! »
Mais pourquoi m'entratner vers ces scènes passés? Laissons le vent gémir et le flot murmurer; Revenez , revenez , ô mes tristes pensées ! Je veux rêver et non pleurer!
Voyez dans son bassin l'eau d'une source vive S'arrondir comme un lac sous son étroite rive , Bleue et claire, à l'abri du vent qui va courir, Et du rayon brûlant qui pourrait la tarir!