‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 221 sur 269 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

pieds. Jamais encore je ne Tavais vue si belle, et jamais sans doute ces jardins n'avaient été foules par une plus radieuse image de la joie, de la jeunesse et de l'amour. Je ne comprenais pas, en la regardant, que la douleur osât jamais jeter son ombre sur un pareil front. Elle me semblait inviolable au malheur comme à la mort.

« Quand elle était lasse, elle se suspendait par ses deux mains à mon bras déjà chargé de ses fleurs, et s'y appuyait en exagérant le léger poids de son corps, pour me faire mieux sentir qu'elle était là, et pour sentir mieux elle-même l'appui que je lui prétais. Elle s'amusait à traîner par moments s<»s pas, comme si elle eût été trop essoufflée pour marcher si vite; puis tout à coup elle abandonnait mon bras avec des éclats de doux rire et des défis de l'atteindre, et s' élançait en bondissant devant moi sur le sable des allées.

« Puis elle se laissait dépasser et me priait alors, en feignant de bouder, de l'attendre. Puis, elle se rapprochait, les mains jointes sur sa robe, dans l'attitude de la langueur qui rêve, en me regardant et en paraissant rouler quelque image importune dans sa pensée. Puis elle relevait et secouait tout à coup la tête dans un mouvement de fougue et d'impatience, et s'écriait : « Non, je ne veux pas y penser, Saluce; nous a^ons deux ans ainsi devant nous!

— Mais comprends-tu, lui disais-je, ce que sera pour nous la vie séparés l'un de l'autre, après deux ans de cette félicité surhumaine?

— Il y a une Clotilde au ciel, me répondait-elle alors en me montrant du doigt levé une des étoiles qu'on commençait à voir poindre dans le firmament, entre les larges parasols verts des pins d'Italie. Celle qui nous a réunis saura bien nous protéger encore.

— Penses-tu à ce que doit être pour moi la solitude du palais de mon père, après des soirées passées toutes ainsi? Oh! pourquoi, si Clotilde (levait proléger cet amour, a-t-elle laissé s'interposer entre son amie et son frère Porabre menaçante de cet homme, qui réclamera un jour, au nom de la loi, ce que le cœur et la volonté ne lui ont jamais donné?

— Le prince *** en ce moment n*habite pas Rome. II voyage en Angleterre et en Amérique pour étudier les améliorations agricoles à introduire dans ses domaines de ri^ romain. »

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