II
Laissant tout le reste dans Tombre « Du ciel seul recevait le jour I
Il aimait leurs mornes ténèbres Et leur muet recueillement, Et du pin dans leurs nuits funèbres L'âpre et sourd retentissement.
Il goûtait les soirs gris d'automne.
Les brouillards du vent balayés.
Et le peuplier monotone Pleuvant feuille à feuille à ses pieds.
Des. lacs déserts de sa patrie
Son pas distrait cherchait les bords ^
Et sa plaintive rêverie
Trouvait sa voix dans leurs accords.
Puis, comme le flot du rivage Reprend ce qu'il avait roulé, Son dédain effaçait la page Oii son génie avait coulé.
Toujours errant et solitaire.
Voyant tout à travers la mort , De son pied il frappait la terre.
Comme on pousse du pied le bord.
Et la terre a semblé l'entendre.
0 mon Dieu ! lasse avant le soir.
Reçois celte âme triste et tendre :.
Elle a tant désiré s'asseoir !
Ames souffrantes, d'où la vie Fuit comme d'un vase fêlé, Et qui ne gardent que la lie Du calice de l'exilé;
Nous, absents de Fadieu suprême, Nous qu'il plaignit et qu*il a fui, Quelle immense part de nous-mêmes Est ensevelie avec lui I
Combien de nos plus belles heures, De tendres serrements de mains, De rencontres sous nos demeures, De pas perdus sur les chemins I
Combien de muettes pensées Que nous échangions d'un regard , D'âmes dans les âmes versées.
De recueillements à l'écart !
Que de rêves éclos en foule De ce que l'âge a de plus beau, Le pied du passant qui le foule Presse avec lui sur son tombeau !
Ainsi nous mourons feuille â feuille.
Nos rameaux jonchent le sentier; Et quand vient la main qui nous cueille , Qui de nous survit tout entier?
Ces contemporains de nos âmes.
Ces mains qu*enchalnait notre main , Ces frères, ces amis, ces femmes.
Nous abandonnent en chemin.
A ce chœur joyeux de la roule Qui commençait à tant de voix.
Chaque fois que l'oreille écoute.
Une voix manque chaque fois.
Chaque jour l'hymne recommence Plus faible et plus triste à noter :
Hélas I c'est qa*à chaque distance Un cœur cesse de palpiter.
Ainsi, dans la forêt voisine, Où nous allions près de Tenclos, Des cris d'une voix enfantine Éveiller des milliers d'échos.
Si l'homme, jaloux de leur cime.
Met la cognée au pied des troncs, A chaque chêne qu'il décime Une voix tombe avec leurs fronts.
Il en reste un ou deux encore :
Nous retournons au bord du bois Savoir si le débris sonore Multiplie encor notre voix.
L'écho, décimé d'arbre en arbre.
Nous jette à peine un dernier cri ; Le bûcheron au cœur de marbre L'abat dans son dernier abri.
Adieu les voix de notre enfance.
Adieu l'ombre de nos beaux jours !
La vie est un morne silence Où le cœur appelle toujours!
XXHI