REPONSE A M. BECKER
MTKUR DU RHIN AI.LRMAND
n^.DIÉE A y. DARGAtD, ACTECR DE GEORGKS
Roule libre et superbe entre les larges rives, Rhin, Nil de TOccidenl, coupe des nations! Et des peuples assis qui boivent tes eaux vives Emporte les défis et les ambitions!
Il ne tachera plus le cristal de ton onde, I>» sang rouge du Franc, le siing bleu du Gormain; Ils ne crouleront plus sous le c<iisson qui gronde. Os ponts qu'un peuple à Tautre tMend comme une main ! Les liombes et Tobus, arc-en-ciel des batailles, Ne viendront plus s'éteindre en sifflant sur tes l)ords; L'enfant ne verra plus, du haut de tes murailles. Flotter ces poiti-ails blonds ([ui perdent leurs entrailles. Ni sortir des flots ces bras morts!
Roule libre et limpide, en répétant l'image De les vieux forts venlis sous leurs lierres épais. Qui froncent tes rochers, comme un dernier nuago Fronce encor les sourcils sur un visage en paix.
:'Ûi . LA MARSEILLAISE DE LA PAIX.
Ces navires vivants, dont la vapeur est Tâme, Déploieront sur ton cours la crinière du feu; L'écume à coups pressés jaillira sous la rame ; La fumée en courant léchera ton ciel bleu. Le chant des passagers que ton doux roulis berce Des sept langues d'Europe étourdira tes flots , Les uns tendant leurs mains avides de commerce , Les autres allant voir, aux monts où Dieu te verse. Dans quel nid le fleuve est éclos.
Roule libre et béni! Ce Dieu qui fond la voûte Où la main d'un enfant pourrait te contenir Ne grossit pas ainsi ta merveilleuse goutte Pour diviser ses ûls, mais pour les réunir!
Pourquoi nous disputer la montagne ou la plaine?
Notre tente est légère, un vent va l'enlever :
La table où nous rompons le pain est encor pleine,
Que la mort par nos noms nous dit de nous lever!
Quand le sillon Tinit, le soc le multiplie; , Aucun œil du soleil ne tarit les rayons;
Sous le flot des épis la terre inculte plie;
Le linceul, pour couvrir la race ensevelie, ' Manque-t-il donc aux nations ?
Roule libre et splendide à travers nos ruines. Fleuve d'Arminius, du Gaulois, du Germain! Charlemagne et César, campés sur tes collines , T'ont bu sans t'épuiser dans le creux de leur main !
Et pourquoi nous haïr et mettre entre les races
Ces bornes ou ces eaux qu'abhorre l'œil de Dieu? \ De frontières au ciel voyons-nous quelques traces? ' Sa voûte a-t-elle un mur, une borne, un milieu?
Nations ! mot pompeux pour dire : Barbarie !
L'amour s'arrôte-t-il où s'arrêtent vos pas?
Déchirez ces drapeaux ; une autre voix vous crie :
LA MARSEILLAISE DE LA PAIX. i7:{
« L^égoïsme et la haine ont seuls une patrie; La fraternité n'en a pas! i)
Houle libre et royal entre nous tous, 6 fleuve! Kt ne t'informe pas, dans ton cours fécondant. Si ceux que ton flot porte, ou que ton urne abreu\e. Regardent sur les bords Faurore ou l'occident !
Ce. no sont plus des mers, des degrés, des rivières. Qui bornent riiéritage entre l'humanité : Les bornes des esprits sont leui^s seules frontières; Le monde en s'éclairant s'élr\e à l'unité. Ma patrie est partout où rayonne la France, Où son génie éclate aux reganls éblouis ! Chacun est du climat de son intelligence; Je suis concitoyen de toute âme qui pense : « La vérité, c'est mon pays! •>
Roule libre et paisible entre ces fortes races Dont ton flot frémissant trempa Tàme et l'acier, Et que leur \ieux courroux, dans le lit que tu tracos. Fonde au soleil du siècle a\ec l'eau du glacier!
Vivent les nobles (ils de la grave Allemagne ! Le sang-froid de leui-s fronts couvre un fo\er ardent; Che\aliei*s tombés rois des mains de Charlemagne, Leui^s chefs sont les Nestoi*s des conseils d'Occident! Leur langue a les grands plis du manteau d'une reine : La pensée y descend dans un vague profond ; Leur cœur sûr est semblable au puits de la Sirène, Où tout ce que l'on jette, amour, bienfait ou haine, Ne remonte jamais du fond.
Roule libre et fidèle entre tes nobles arches, 0 fleuve féodal, calme, mais indompté! Verdis le sceptre aimé de tes rois patriarches : Le joug que l'on choisit est encor liberté I
•m LA AIARSEILLAISE DE LA PAIX.
El vi\enl ces essaims de la ruche de France, A^anl-garde de Dieu, qui devancent ses pas! Comme des voyageui-s qui vivent d'espérance, Us vont semant la terre, et ne moissonnent pas... Le sol qu'ils ont touché germe fécond et libre; Ils sauvent sans salaire, ils blessent sans remord: Kiei-s enfants, de leur cœur Timpatiente fibre Ksi la corde de Tare où toujours leur main vibre Pour lancer l'idée ou la mort !
Houle libre, et bénis ces deux sangs dans ta course; Souviens-toi pour eux tous de la main d'où tu sors : L'aigle et le fier taureau boivent l'onde à ta source ; Que l'homme approche l'homme, et qu'il boive aux deux boi-ds!
Amis, voyez là-l3as! La terre est grande et plane! L'Orient délaissé s'y déroule au soleil ! L'espace y lasse en vain la lente caravane; La solitude y dort son immense sommeil! Là, des peuples taris ont laissé leurs lits vides; L^i, d'empires poudreux les sillons sont couverts; l , comme un stylet d'or, l'ombre des Pyramides Mesure l'heure moile à des sables livides Sur le cadran nu des déserts !
Houle libre à ces mei-s où va mourir TEuphrate, Des artères du globe enlace le réseau; Hends l'herbe et la toison à cette glèbe ingrate ; Que l'homme soit un peuple, et les fleuves une eau !
Débordement armé des nations trop pleines, Au souffle de l'aurore envolés les premiers, Jetons les blonds essaims des familles humaines Autour des nœuds du cèdre et du tronc des palmiers ! Allons, comme Joseph, comme ses onze frères. Vers les limons du Nil que labourait Apis, Trouvant de leurs sillons les moissons trop légères,