POUR LE PREMIER JOUR DE L'ANNÉE
Des moments les heures sont nées , Et les heures forment les jours , Et les jours forment les années Dont le siècle grossit son cours.
Vdis toi seul, 6 mon Dieu, par siècles tu mesures ^♦* temps qui sous tes mains coule éternellement î L'homme compte par jours; tes courtes créatures P<»ur naître et pour mourir ont assez d'un moment.
<>»mbien de fois déjà les ai-je vus renaître <:••> ans si prompts à fuir, si prompts à revenir! 0»mbien en compterai-je encore? Un seul peut-être! PI>is le passé fut plein, plus vide est l'avenir.
0|>endaDt les mortels avec indifférence
Liiv^ent glisser les jours, les heures, les moments;
L'ombre seule marque en silence Sur le cadran rempli les pas muets du temps.
On l'Oublie; et voilà que les heures fidèles Sur l'airain ont sonné minuit.
Et qu'une année entière a replié ses ailes Dans l'ombre d'une seule nuit!
De toutes les heures qu'affronte L'orgueilleux oubli du trépas, Et qui sur l'airain qui les compte En fuyant impriment leui^ pas, Aucune à l'oreille insensible Ne sonne d'un glas plus terrible Que ce dernier coup de minuit ; C'est comme une borne fatale. Marquant d'un suprême intervalle Le temps qui commence et qui fuit.
Les autres s'éloignent et glissent
Comme des pieds sur les gazons,
Sans que leurs bruits nous avertissent
Des pas nombreux que nous faisons;
Mais cette minute accomplie
Jusqu'au cœur léger qui l'oublie
Porte le murmure et l'effroi ;
Elle frémit à notre oreille,
Et loin de l'homme qu'elle éveille • ^
S'envole et lui dit : « Compte-moi !
•" il
« Compte-moi ! car Dieu m'a comptée Pour sa gloire et pour ton bonheur.
Compte-moi ! je te fus prêtée , ' ^i
Et tu me devras au Seigneur. 'T,
Coqipte-moi ! car l'heure sonnée . "^ l'
Emporte avec elle une année, "j i
En amène une autre demain. - ile
Compte-moi! car le temps me presse. ^^i !>
Compte-moi! car je fuis sans cesse, '.j (j
Et ne reviens jamais en vain. » iifir,
Seigneur, père des temps, maître des destinées, llfi^
Oui comptes comme un jour nos mille et mille années ,
Et i}ui Tois du sommet de ton éternité
L'"!» jours qui ne sont plus, ceux qui n'ont pas été;
ThI qui sais d'un regard, avant qu'il ait eu l'être ,
ouhI fruit porte en son sein le siècle qui va naître :
ou'.' D)'apporte, 6 mon Dieu, dans ses douteuses mains,
te tpmps qui fait l'espoir et l'effroi des humains?
I mes jours mélangés celte année ajoutée
Par rameur et la grâce a-t-elle été comptée?
ïdui'il la saluer comme un présent de toi,
Mu lui dire en tremblant : « Passe, et fuis loin de moi? »
l/> autres tour à tour ont passé , les mains pleines
[»»• «lesirs, de regrets, de larmes et de peines,
i».i{'l>arences sans corps trompant l'âme et les yeux,
u*- «Itlices d'un jour et d'éternels adieux,
i^ fruits empoisonnés dont l'écorce perfide
^' Idixsdit dans mon cœur qu'une poussière aride.
^ u Cipur leur demandait ce qu'elles n'avaient pas,
^' ma iNUiche à la fin disait toujours : « Hélas! »
î' luatlendre de plus des siècles et du monde? *- f'aMlais sur le sable et je semais sur l'onde. »>l lf.»mps, ô mon Dieu, que mon cœur détrompé, *' V ta seule image à jamais occupé, T- **"nî>acre à toi seul ces rapides années '*: mille autres désirs si longtemps profanées; •• •••Mi\ tenter enfin si des jours pleins de toi,
• 'i* fa Ijre et l'autel seraient le seul emploi,
:t r*'tude et l'amour de tes saintes merveilles
• --/au milieu des nuits prolongeraient les veilles,
• : rit rhumble prière, en marquant les instants, - '.vrait d'un soupir chacun des pas du temps,
. iirunl loin de moi d'un vol aussi rapide, - -v^roiit mon âme aussi \aine, aussi vide •*' (einps qui ne laisse, en achevant son cours, ■ '^u'un chiffre de plus au nombre de mes jours!
Bënis donc cette grande aurore Qui m'éclaire un nouveau chemin ; Bënis, en la faisant éclore.
L'heure que tu tiens dans ta main!
Si nos ans ont aussi leur germe Dans cette heure qui le renferme.
Bénis la suite de mes ans.
Gomme sur tes tables propices Tu consacrais dans leurs prémices La terre et les fruits de nos champs l
Que chaque instant, chaque minute Te prie et te loue avec moi!
Que le sablier dans sa chute Entraîne ma pensée à toi !
Qu'un soupir, k chaque seconde.
De mon cœur s'élève et réponde; Que chaque aurore en remontant, Chaque nuit en pliant son aile , Te dise : « Toute heure est Adèle ; Compte ta gloire en les comptant ! n
Mais si des joui*s que tu fais naître Chaque instant me reporte à toi.
Toi, dont la pensée est mon être.
Souviens-toi sans cesse de moi !
Donne-moi ce que le pilote Sur l'abtme où sa barque flotte Te demande pour aujourd'hui :
Un flot calme, un vent dans sa voile.
Toujours sur sa tête une étoile, Une espérance devant lui !
Presse à ton gré, ralentis l'ombre Qui mesure nos courts instants!
Ajoute ou retranche le nombre Que ton doigt impose à nos ans!
Ne Taugmente pas d'une aurore !
Le (çrain sait quand il doit ëclore.
L'épi sait quand il faut mûrir :
Un jour le flétrirait peut-être.
Seul tu savais l'heure de naître, Seul tu sais Theure de mourir!
Qu'enfin sur réternelle plage Où l'on comprend le mot Toujours, Je touche, porté sans orage Par le flux expirant des jours.
Comme un homme que le flot pousse Vient d'un pied toucher sans secousse La marche solide du port.
Et de l'autre, loin de la rive.
Repousse à l'onde qui dérive L'es(|uif qui l'a conduit au bord !