‹ Œuvres de LamartineChapitre 57 sur 145 · INVOCATION POUR LES GRECS · texte numérisé non relu

INVOCATION POUR LES GRECS

N'es-tu plus le Dieu des armées,

N'es-tu plus le Dieu des combats?

II-> p<!rissent, Seigneur, si tu ne réponds pas! L ombre du cimeterre est déjà sur leurs pas. \ui livides lueurs des cités enflammées,

Vois-tu ces bandes désarmées.

Ces enfants, ces vieillards, ces vierges alarmées? iU floUent, au hasard, de l'outrage au trépas; lU regardent la mer, ils te tendent les bras :

N'es-tu plus le Dieu des armées?

N'es-tu plus le Dieu des combats?

Jd'lis tu te levais ; tes tribus palpitantes

Criaient : « Seigneur! Seigneur! ou jamais, ou demain! »

Tu !>ortais tout armé, tu combattais : soudain

LMssvrien frappé tombait sans voir la main ;

1)00 souffle de ta peur tu balayais ses tentes,

vs ossements blanchis nous traçaient le chemin!

Où sont-ils, où sont-ils, ces sublimes spectacles

Qu'ont vus les flots de Gad et les monts de Séirs?

Hé quoi! la terre a des martjTs,

Et le ciel n'a plus de miracles?

Cependant tout un peuple a crié : « Sauve-moi; Nous tombons en ton nom , nous périssons pour toi ! »

Les monts Font entendu : les échos de TAttique De caverne en caverne ont répété ses cris; Athène a tressailli sous sa poussière antique, Sparte les a roulés de débris en débris ! Les mers Font entendu; les vagues sur leurs plages. Les vaisseaux qui passaient, les mâts, Font entendu; Les lions sur TCHta, Taigle au sein des nuages : Et toi seul, 6 mon Dieu, tu n'as pas répondu I

Ils font prié. Seigneur, de la nuit à l'aurore. Sous tous les noms divins où l'univers t'adore ; Ils ont brisé pour toi leurs dieux, ces dieux mortels; Ils ont pétri. Seigneur, avec l'eau des collines, La poudre des tombeaux, les cendres des ruines. Pour te fabriquer des autels :

Des autels à Délos, des autels sur Égine, Des autels à Platée, à Leuctre, à ^Marathon, Des autels sur la grève où pleure Salamine, Des autels sur le cap où méditait Platon.

Les prôtres ont conduit le long de leurs rivages

Des femmes, des vieillards qui t'invoquaient en chœurs

Des enfants jetant des fleurs

Devant les saintes images.

Et des veuves en deuil, qui cachaient leurs visages

Dans leurs mains pleines de pleurs.

Le bois de leurs vaisseaux, leurs rochers, leurs murailles.

Les ont livrés vivants à leurs persécuteurs ;

L^urs têtes ont roulé sous les pieds des vainqueurs

Comme des boulets morts sur les champs de batailles ; Los bourreaux ont plongé la main dans leurs entrailles; Mais ni le fer brûlant, Seigneur, ni les tenailles. N'ont pu t'arracher de leurs cœurs !

Et que disent. Seigneur, ces nations armées Contre ce nom sacré que tu ne venges pas? « Tu n'es plus le Dieu des armées I Tu n'es plus le Dieu des combats! »

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