Le christianisme
L'homme se tourne à cette flamme , Et revit en la regardant :
Charleniagne en fait la grande âme Dont il anime TOccident.
Il meurt : son colosse d'empire En lambeaux vivants se déchire.
Comme un vaste et pesant manteau Fait pour les robustes ëpaules Qui portaient le Rhin et les Gaules; Et Tesprit reprend son marteau !
De ces nations mutilées
Cent peuples naissent sous ses pas ,
Races barbares et mêlées
Que leur mère ne connaît pas ;
Les uns indomptés et farouches.
Les autres rongeant dans leurs bouches
Les moi-s des tjrans ou des dieux :
Mais Tesprit, par diverses routes,
A soa tour leur assigne à toutes
Ln rendez-vous mystérieux.
Pour les pousser où Dieu les mène , L'esprit humain prend cent détours , Et revêt chaque forme humaine Selon les hommes et les jours.
Ici, conquérant, il balaie Les vieux peuples comme l'ivraie ; Là, sublime navigateur, L'instinct d'une immense conquête Lui fait chercher dans la tempête Un monde à travers Téquateur.
Tantôt il coule la pensée En bronze palpable et vivant, Et la parole retracée Court et brise comme le vent ; n. n
Tantôt /pour mettre un siècle en poudre.
Il éclate comme la foudre
Dans un mot de feu. Liberté !
Puis, dégoût<^ de son ouvrage.
D'un mot qui tonne da\antage
Il réveille Thumanité!
Et tout se fond, croule ou chancelle;
Et , comme un flot du flot chass(^
Le temps sur le temps s*amoncelle,
Et le présent sur le passé !
Et sur ce sable où tout sVnfonce,
Quoi donc, ô mortels, vous annona'
LUmmuable que vous cherchez ?
Je ne vols <iue poussièn' et lutte.
Je n*cntends que Timmeiise cliute
Du temps qui tombe, et dit : <> Marchez! -
Marchez! l'humanité ne \i[ pas d*une idtk*! Elle éteint chaque soir celle qui Ta guidi^ , Elle en allume une autre à Timmortel flambeau: Comme ces morts vêtus de leur parun* immonde. Les générations emportent de ce monde
Leurs vêtements dans le lomlieau.
Là cVst leurs dieux ; ici les mœurs de leurs anr**iiv^. Le glaive des tjrans, Tamulette des prêtres, \ieux lambeaux, vils haillons de cultes ou de lois : Et quand après mille ans dans leurs caveaux on fouilV On est surpris de voir la risible dépouille De ce qui fut Thomme autrefois.
Robes, toges, turbans, tunique, pourpre, bure, Sceptres, glaives, faisceaux, hache, houlette, armure. Symboles vermoulus fondent sous votre main. Tour à tour au plus fort, au plus fourbe, au plus digne, Et vous vous demandez vainement sous quel signe Monte ou baisse le genre humain.
Sous le vôtre, 6 chrétiens 1 L'homme en qui Dieu travaille (Change éternellement de formes et de taille : (iêant de l'avenir, à grandir destiné, 11 use en vieillissant ses vieux vêtements, comme Des membres élargis font éclater sur Thomme Les langes où Tenfant est né.
L bumanité n'est pas le bœuf à courte haleine Qui creuse à pas égaux son sillon dans la plaine. Et revient ruminer sur un sillon pareil : Cest l'aigle rajeuni qui change son plumage, Et qui monte affronter, de nuage en nuage, De plus hauts rayons du soleil.
Enfants de six mille ans qu'un peu de bruit étonne, Ne vous troublez donc pas d'un mot nouveau qui tonne. D'un empire éboulé, d'un siècle qui s'en va! Que vous font les débris qui jonchent la carrière? Regardez en avant, et non pas en arrière : Le courant roule à Jéhova !
Que dans vos cœurs étroits vos espérances vagues Ne croulent pas sans cesse avec toutes les vagues : Ces flots vous porteront , hommes de peu de foi ! Qu'importent bruit et vent , poussière et décadence , Pourvu qu'au-dessus d'eux la haute Providence Déroule l'éternelle loi ?
Nos siècles page à page épellent l'Évangile : \ous n'y lisiez qu'un mot, et vous en lyez mille;
Vos enfants plus hardis y liront plus avant ! Ce li?re est comme ceux des sibylles antiques , Dont Taugure trouvait les feuillets prophétiques Siècle à siècle arrachés au vent.
Dans la foudre et Téclair votre Verbe aussi vole ! Montez à sa lueur, courez à sa parole. Attendez sans effroi Theure lente à venir. Vous, enfants de Celui qui, l'annonçant d'avance. Du sommet d'une croix vit briller l'espérance Sur rhorizofi de f avenir I
Cet oracle sanglant chaque jour se révèle; L'esprit, en renversant, élève et renouvelle. Passagers ballottés dans 'vos siècles flottants. Vous croyez reculer sur l'océan des âges. Et \ous vous remontrez, après mille naufragés. Plus loin sur la route des temps 1
Ainsi quand le vaisseau (pii vogue entre deux mondes A perdu tout rivage, et ne voit que les ondes S'élever et crouler comme deux sombres murs; Quand le maître a brouillé les nœuds nombreux qu'il ûle. Sur la plaine sans borne il se croit immobile Entro deux abtmes obscurs.
« C'est toujours, se dit-il dans son cœur plein de doute , Même onde que je vois, même bruit que j'écoute; Le flot que j'ai franchi revient pour me bercer; A les compter en vain mon esprit se consume; C'est toujours de la vague , et toujours de l'écume : Les jours flottent sans avancer ! »
Et les jours et les flots semblent ainsi renaître , Trop pareils pour que Tœil puisse les reconnaître. Et le regard trompé s'use en les regardant; Et l'homme, que toujours leur ressemblance abuse.
Les brouille, les confond, les gourmande, et t'accuse, Seigneur!... Ils marchent cependant I
Et quand sur cette mer, las de chercher sa route , Du firmament splendide il explore la voûte , Des astres inconnus s'y lèvent à ses yeux; Et, moins triste, aux parfums qui soufflent des rivages. Au jour tiède et doré qui glisse des cordages , 11 sent qu'il a changé de cieux.
Nous donc, si le sol tremble au vieux toit de nos pères, Eusevelissons-nous sous des cendres.si chères, Tombons enveloppés de ces sacrés linceuls! Mais ne ressemblons pas à ces rois d'Assyrie Qui traînaient au tombeau femmes, enfants, patrie. Et ne savaient pas mourir seuls;
Qui jetaient au bûcher, avant que d'y descendre. Famille, amis, coursiore, trésors réduits en cendre, K2>poir ou souvenirs de leurs jours plus heureux, Et, livrant leur empire et leurs dieux à la flamme, \uraient voulu qu'aussi l'univers n'eût qu'une âme. Pour que tout mourût avec eux !
riN Des HARUO^IIES.
POÉSIES DIVERSES