A MADAME LA DUCHESSE DE R
SL'Pw SON ALUUM
Il est une langue secrète, Dialecte silencieux, Que sait l'amant ou le poète, Et que les yeux parlent aux yeux.
Qu'importe la langue parlée ?
Le langage humain n'est qu'un art; Mais cette langue révélée, Dieu la fit avec le regard !
Lue femme aux cheveux de soie Qu'on voit marcher sur son chemin , Et dont le bras nu vous coudoie , Oh ! n'est-ce pas un mot divin ?
11 dit ivresse, il dit génie, Grûce, amour, candeur, pureté; Les yeux en boivent l'harmonie, Et le sens en est Volupté.
RKCUEILLEMRNTS POÉTIQUES. iî7
Il reteiilit longtemps dans TAnie, Comme dans Toreille une voix, Et la belle image de femme Est comme un air redit cent fois î
0 noble et suave figure , Où rayonne ivresse et langueur.
Mot caressant de la nature, Que ne dis-tu pas dans le cœur?
A UMi JKUiNE MOLDAVli
Paris, 84 janvier 1837.
Souvent en respirant ces nocturnes haleines, Qui des monts éloignés descendent sur les plaines Ou des bords disparus sur les vagues des mers, On croit dans ces odeui-s, que l'esprit décompose. Respirer le parfum des lis ou de la rose, Apporté de loin par les airs.
L'imagination , cet œil de la pensée , Se figure la tige aux rochers balancée. Exhalant pour vous seul son souffle du matin. <( Je t'aime, lui dit-on, violette ou pervenche, 0 sympathique fleur, dont l'urne qui se penche M'adresse ce parfum lointain !
« Comme un amant distingue entre de jeunes têtes , Parmi ces fronts charmants (iui décorent nos fêtes, L'odeur des blonds cheveux dont se souvient son cœur, A travers ces parfums mystérieux et vagues Que la brise des nuits fait flotter sur les vagues. Je démêle et bois ton odeur ! »
RECUEILLEMENTS POÉTIQUES. ir»
Viiisi, fleur du Danube attaclufe à sa rive, \ Innei-s tes fort*ts ton dou\ encens ni'amve, lit mon cœur enivre se demande : « Pouixiuoi , Pouniuoi la vierge assise au pied du sycomore, Kn murmurant les vei-s d'un pays qu'elle i;çnoi-e, Dougit-elle en pensant à moi? «
«iVst que la po(*sie est l'haleine de l'àme, Oue le \ent porte loin aux oreilles de femme. Kl qui leur parle bas comme une voix d'amant; Oue la vierge attentive à la strophe touchante Croit entre sa pens(?e et le livre qui chante Sentir un invisible aimant!
Oh! combien de baisers d'un3 bouche secrète Sur la page sacrée a reçus le poète , Sans en avoir senti le délirant frisson ! Oh ! qu'il voudrait, semblable aux notes de s:i lyre, \ller lK)ire un regard des yeux qui vont le lire, Envieux d'un rêve et d'un son!...
AMITIK DK FEMME