CHAPITRE XLV L 2Ai
hommes qui viennent d’Espagne, chez un Espagnol natif de Carmona, près de Sevdle, et qui se nomme maître Jérôme Juan Morales. Se voyant sans bien dans sa patiie, d la quitta pour venir a Mexico , ou il tient hôtellerie avec une jeune Indienne qu’il a épousée, et «pii fait tomber des pluies d’or dans sa maison. Gare le Maure! s’écria Toston, en faisant un éclat de rire. < >h ! d n y a point ici de Maure a craindre, lui repartit le muletier: Morales, loin de ressembler à votre hôte de la V era-Cruz, n est nullement jaloux, quoiqu’il ait pour femme une Indienne des plus appétissantes. Vous avouerez, quand vous l’aurez vue, qu'il y a des faces basanées qu’on peut envisager sans horreur.
Sur ce pied-là, dis-je au muletier, son cabaret ne doit pas être mal achalandé. 1! ne l’est pas mal non plus, répondit Tobie. Il y va tous les jours d honnêtes gens , moins pour boire que pour la voir. Elle les reçoit d un air si affable, qu’ils en sont enchantés; et les conversations qu ils ont avec elle ne manquent guère d’être suivies de présents ; ce qui plaît fort à Morales, qui est ravi de posséder une jolie femme, et de voir qu'on la cajole.
Ce discours me frappa, et me lit souhaiter d’être à 1 hôtellerie pour le vérifier par mes propres yeux , ne pouvant me mettre dans l’esprit qu'une Indienne fût capable de charmer des Européens. Maître Tobie, secondant l’impatience que je marquois d’arriver chez Morales, nous ht doubler le pas. Il nous mena dans la rue de l’Aigle, où il 11e demeure que des gentilshommes et. des officiers «le la chancellerie. JSfous descendîmes à la porte d une maison qui avoit pour enseigne un scr- Le Bachelier.
'i/p. LE BACHELIER DE SALAMANQUE, pent avec ces paroles : Al Basilico, buena ccima , au Basilic, bon gîte. Parbleu, (lis-je en moi-même, celte enseigne me paroît assez plaisante : il semble qu’elle ait été faite pour avertir les étrangers qu’il y a du danger pour eux à loger dans cette hôtellerie. Mais je trou vois le péril trop agréable pour en être effraye : malgré tout ce que Tobie m’avoit dit de l'bôtesse, au lieu de craindre ce basilic, je m’exposai sans hésiter à ses regards.
Je les soutins d’abord impunément : je dirai plus, son teint basané me déplut. Néanmoins, je m’y accoutumai bientôt. Que dis -je? elle me fascina les yeux insensiblement par des manières aisées et toutes gracieuses; de sorte qu 'après un quart d'heure de conversation je sentis que les cœurs n'étoient pas moins en danger avec de pareilles Indiennes qu'avec les beautés de Madrid les plus redoutables, hile ressembloit un peu à la Gitanilla, dont j'ai parlé dans le premier volume de ces mémoires; je dis un peu, car l’Indienne étoit encore plus piquante.
Il est vrai que, lorsqu’elle s offrit à ma vue, elle étoit ajustée d’une façon qui donnoit un grand relief a ses charmes. Elle portoit une jupe de toile de la Chine, chamarrée d’argent, avec un ruban couleur de leu, dont les bouts, ornés d’une frange d’or, descendoient jusqu’en bas devant et derrière. Elle avoit par-dessus une chemisette de la même toile à manches larges, brodée de soie rouge mêlée d’argent , et lacée avec des lacets d’or. Ajoutez à cela une ceinture de soie bleue, et enrichie de pierres précieuses, un collier et des bracelets de perles, avec des boucles d’oreilles de diamants fins.