CHAPITRE EX Y F X
permet do faire ce voyage, à condition que je serai do retour dans doux mois. Mon enfant, lui dis-je, le dcsir qui te presse est louable, et 1! est juste que tu le satisfasses; mais quand tu auras passé quelques jours avec des personnes si chères, reviens promptement à Madrid : tu connois 1 inconstance des grands seigneurs,
tu pourrois perdre ta place, qui ne sauroit manquer de te conduire a une fortune considérable. Oh! 11e craignez pas, réphqua-t-il, que je m’amuse à me divertir a\ee mes anciens amis : j ai déjà pris l espritde la cour; je ne pourrois plus vivre en province. lié! par quelle toiture, lui dis-je, prétends-tu t’en aller? Sur un des meilleurs chevaux de nos ecuries, repartit-il, et suivi d un laquais du logis qui aura la livrée de Gelves, et qui seia aussi bien monté que moi. Un intendant de grande maison 11e doit pas voyager en gredin! Véritablement, deux jours après loston partit sur un superbe cheval, suivi d’un laquais revêtu d’une livrée brillante, et charge des dépêches que je lui remis pour mes beauxfrères.
Pendant son absence, il arriva des changements heureux pour la maison de Gelves. Don Alexis, s’étant attaché à faire assidûment sa cour au comte-duc d’Olivarès, eut le bonheur de lui plaire à un point, que ce ministre le (it recevoir gentilhomme de la chambre du roi : ce qui etoit le plus sincère témoignage d’affection qu'il pût lui donner, son excellence étant d’un caractère à ne vouloir mettre auprès de la personne du monarque que des hommes affidés. Ge 11e fut pas tout : doua Léonore devint en meme temps dame du palais de la reine, par le crédit de madame d’Olivarès, qui
4l° I-E BACHELIER DE SALAMANQUE, étoit camarera major ; de sorte que Toston à son retour trouva son maître et sa maîtresse à la cour dans des rangs qu’ils n’y tenoient pas à son départ.
L’impatience que ce nouvel intendant avoit de me rendre compte de son voyage, ne lui permit pas d’aller d’abord se montrer «à sa femme, ni même à don Alexis; d vint chez moi avec un empressement qui marquoit bien qu il m’aimoit. Je ne le vis pas sans émotion paroîtredans ma chambre; et, ne sachant ce qu’il venoit m’annoncer, je lui demandai en tremblant si ce qu’il avoit à m apprendre devoit m’affliger ou me réjouir. Je ne vous apporte que de bonnes nouvelles, me répondit-il : don Manuel et don Gregorio jouissent d’une santé parfaite, aussi bien que leurs épouses. Ces dames, qui sont toujours fort aimables, ont encore grossi la famille depuis votre départ d’Alcaraz : votre sœur, avec franeilloet les deux filles qu elle avoit, a présentement un autre fils, qui est en nourrice; et sa bonne amie, outre le garçon qu elle a eu au commencement de son mariage, a donné à don Manuel deux fils en moins de vingt mois. Tous ces enfants, continua-t-il, tant mâles que femelles, se portent à merveille, et sont tous gentils. Votre fille, entre autres, est plus belle que le jour.
Tout cela me fait plaisir, interrompis-je, mon ami: mais dis-moi, je te prie, comment ma sœur et mes beauxfrères ont écouté le récit que tu dois leur avoir fait de mes aventures. T’ont-ils paru prendre beaucoup de part à ma fortune? Assurément, repartit Toston : ils me firent des questions à l’infini, et je n’eus pas peu d'affaire à contenter leur curiosité, chacun m’interrogeant à son tour, et quelquefois tous ensemble. Mais quand