‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 235 sur 236 · CHAPITRE T. XX XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE T. XX XIII

village de Bonülo, dans une ferme à lui appartenante, et dans laquelle d avoit laissé son épouse avee ma sœur et don ( îregorio. Pour arriver plus tôt à eette ferme, nous nous hâtâmes de eontinuer notre chemin, et nous

y trouvâmes effectivement Clévillenteeteesdeux dames,

tpu n avoient pas moins d impatience de me revoir que j en a vois de les embrasser, (.est la que les accolades et les compliments furent prodigués. Seigneur don Juan, dit ma sœur à Salzedo, quelle joie pour moi de voir un cavalier à qui mon frère a tant d’obligations! Mais de tous les biens que vous lui avez faits, celui dont je vous tiens le plus de compte, c'est d’avoir lié sa destinée à celle de cette aimable enfant. A ces mots elle jeta ses bras au cou de Blanche, qu’elle avoit déjà plus d une lois embrassée. Isménicfit aussi bien des caresses à mon épouse, qui, pour ne pas demeurer en reste avec ces deux daines, leur rendit baiser pour baiser.

I) une autre part, don Gregorio, don Manuel, Salzedo et moi, nous fîmes cà peu près la même scène. Nous n’eumes tous quatre, pendant une heure, qu’un entretien confus cl entremêlé d’embrassements.

Après cela nous reprîmes notre gravité, et le nouveau corrégidor eut tout lieu d’être satisfait des discours obligeants qui lui furent adressés tant par les dames que par les cavaliers. Aussi me dit-il plus d’une (ois en particulier qu’il étoit charmé de mes beauxfrères, et encore plus de leurs femmes, qui lui paroissoient, disoit -il, avoir des manières de princesses. Je ris en moi-même de sa pensée, ou, pour mieux dire, de celle qui me vint là-dessus; car je songeai dans le moment aux sources où elles avoient puisé leurs grands.

I22 LI: BACHELIER DE SA LA VI A N Q l E. nus. Nous nous reposâmes quelques jours clans la ferme, où, par la prévoyance de don Manuel, rien ne nous manqua, et nous nous rendîmes enfin à la ville d’AIcaiaz, qui n en est eloignee ipie de emej a six lieues.

Notre équipage jeta d’abord de la poudre aux yeux des bourgeois d’Alcaraz. Ce n’est point là, disoit l’un , notre pauvre défunt corrégidor, don Martin Chinchilla , qui n avoit pour tout équipage que deux vieilles mules dans son ecurie. Non, ma loi, disoit l autre : ce n est pas un corrégidor ordinaire, c’est un vice- roi qu’on nous envoie. Le peuple, qui s’étoit mis sous les armes pour recevoir plus honorablement son nouveau magistrat, fit une triple décharge de mousqueterie. Nous allâmes descendre à l’hôtel de Pedrilla , où nous ne lûmes pas sitôt entrés, que tous les supérieurs des ordres religieux vinrent haranguer en latin mon beaupeie, qui , pour leur faire voir a qui ils s’adressoient, leur fit à chacun une réponse dans la même langue; ce qui donna aux auditeurs une haute opinion de lui. Apres les moines, la noblesse lui fît son compliment, et il répondit en homme de cour.

Pour dire le reste en peu de mots, il prit possession de sa charge; et bientôt, par sa prudence, ses soins vigilants, son intégrité, son désintéressement, par ses jugements équitables, et par l’étendue de ses lumières, d fit connoitre aux habitants d Ylcaraz qu ils avoient pour corrégidor un homme capable de gouverner un état. Comme il joignoit au mérite d’un juge toutes les qualités d un galant homme, il gagna sans peine l'estime et l'amitié de tout le monde.

C’est avec un semblable beau-père que j’ai le bon-

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heur do vivre actuellement, tantôt à Alearazchez don Manuel, tantôt au château d'Elehe, qui n’est (ju’à trois petites lieues de la ville, et duquel nous avons fait acquisition des deniers des Mexicains; ou bien au château de don (Iregorio de Clévillente, dont l’épouse s’accorde à merveille avec la mienne, quoique clics soient toutes deux belles-sœurs.

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