‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 42 sur 236 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

porter à Gênes; et là don Octavio d’Aragon devoit les venir prendre avec huit galères pour les conduire à Naples.

Il est rare qu’un gueux qui s’enrichit ne se laisse point étourdir de la possession de ses richesses. Je ne lus pas à l'épreuve de ces étourdissements. Lorsque je vins à compter mes espèces, et que je vis que j a vois devant moi près de deux mille pistoles, je me dégoûtai de mon poste île commis. Il me sembla qu’un garçon qui possédoit tant de bien devoit mener une vie libre, indépendante, et surtout oisive, telle qu'est ordinairement celle des honnêtes gens en Espagne. Puisque je puis vivre, disois-je, en cavalier noble, et faire le galant dans le monde, je serois un grand fou de demeurer dans les bureaux du ministère, où il faut travailler toute la journée. Il est bien plus gracieux de n’avoir rien à faire qu’à se promener et qu'à se réjouir avec ses amis.

C’est ainsi que, cédant au penchant qui m’entrainoit, je me laissai tout à coup aller au libertinage, sans que ma philosophie pût m’en défendre. Au contraire, je 11e voulus écouter aucune remontrance de sa part; et quand je dis adieu au secrétaire Salzedo, tous les discours qu'il me tint pour m’arrêter dans son bureau, quoique remplis de raison et de latin, furent inutiles. Je louai un bel appartement dans un hôtel garni, et je me fis faire deux riches habits, sous lesquels alternativement j’ai lois me faire voir à la cour et au Prado.

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