‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 5 sur 236 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

inontrances; leur père les rendoit infructueuses par ses discours imprudents et dangereux. Etoit-il en belle humeur, il se vantoit devant eux d'avoir été libertin dans sa jeunesse. On eût dit en vérité qu’il leur racontoit exprès ses débauches, pour les porter à suivre son exemple. 11 y a comme cela des pères qui ne s'observent point devant leurs enfants, et qui les détournent eux-mêmes du chemin de la vertu.

Après tout, si le seigneur Isidore n’eût eu que ce défaut-là, nous aurions pu vivre long-temps ensemble. J’en aurois même souffert beaucoup d'autres qu’il avoit, à l’exception de sa mauvaise humeur. Il étoit insupportable quand il s’y mettoit; ce qui n’arrivoit que trop souvent. Alors les discours les plus durs et les plus désobligeants ne lui coûtaient rien. Il étoit même assez injuste pour me reprocher jusqu’aux défauts de ses fds. Pourquoi, me disoit-il, n’apprenez-vous pas à mon. aîné (c’était le bègue) à parler distinctement? D’oii vient que le cadet (c’étoit le bossu) se tient si mal? Pourquoi l’un a-t-il le teint si pâle? Pourquoi les habits de l'autre sont-ils pleins de taches et de poussière?

Voilà ce qu’il me disoit. Le moyen de s’entendre de sang-froid faire de pareils reproches! Un matin, n’y pouvant tenir, je sortis de chez Montanos pour n’y plus rentrer, après lui avoir dit que je ne m’accommodois point d’un homme qui vouloit que le précepteur de ses enfans fût en même temps leur médecin , leur maître à danser, et leur valet de chambre.

Page 1