LIVRE T, Cil AP. I. ï
rement que d'un jour, ne laissent pas d'être quelquefois fort dangereuses, lai effet l'accident lut tel, que la pauvre Magdeleine en mourut. Huit cents ducats que Don Quichotte tira de sa succession ne l'empêchèrent pas de sentir vivement sa mort : mais comme d lui restoit une gouvernante qui étoit lionne ménagère, et qui avoit un très grand soin de lui, il sc consola insensiblement.
Un jour de fête, l’après-dînée , pendant qu’il lisoit dans sa chambre la Vie des Saints, son ancien écuyer Sancho Panea le vint visiter; ce qu’il avoit coutume de faire assez souvent. Ah ! te voilà, mon ami, lui dit Don Quichotte, tu arrives fort à propos pour entendre la vie d'un grand homme. Non pas', s’il vous plaît, Monsieur, répondit Sancho; je ne veux point savoir la vie d’autrui , car la curiosité est défendue. Il faut que chacun se mêle de ses affaires, sans s’embarrasser de celles des autres. Quelle simplicité ! reprit Don Quichotte : c’est une lecture sainte et utile que j’ai à te faire. Prends un siège pour m’écouter plus commodément. Quel livre tenez-vous là. Monsieur, dit Sancho? Ne seroit-ce point par hasard quelque livre de chevalerie ? Non, répondit Don Quichotte, c’est un F/os Sanclorum. lié 1 qui fut ce Sanctorum, répliqua l'écuyer ? Eloit-ce un roi, ou quelqu’un de ces géants qui devinrent moulins à vent l’an passé? Que tu es ignorant! repartit Don Quichotte. Ce livre traite de la vie des saints, comme de saint Laurent, qui fut rôti , de saint Barthélemi , qui fut écorché, et ainsi de tous les autres saints, martyrs et confesseurs dont l’Eglise célèbre la fête. Je crois. Dieu me pardonne, interrompit Sancho, que
ipt) DON QUICHOTTE,
vous voulez vous faire saint errant, pour gagner le paradis terrestre. Mais, Monsieur, dites-moi, je vous prie, quan l on écorcha saint Barthélemi, et que saint Laurent fut rôti, étoit-ce devant ou après leur mort? Ils etoient vivans l'un et l’autre, répondit Don Quichotte. Miséricorde, s’écria l’écuyer, c’est bien autre chose que la berne! Par la gerni, ce ne sera pas moi qui suivrai l’exemple de vos saints. Pour marmotter à genoux une demi -douzaine de Credo avec quelques paires de Pater , oh, je damerois le pion à un capucin; mais pour me faire rôtir ou bouillir tout vif, serviteur; ce n est pas là mon vice. Laissons cela, reprit Don Quichotte, et lisons la vie du saint de ce jour, qui est le grand saint Bernard. Quoique le bon gentilhomme en eût déjà lu la moitié, il eut la complaisance de recommencer; et, à chaque feuillet qu’il tournoit, il accompagnoit sa lecture de réflexions si judicieuses sur le texte, que le meilleur philosophe moral n’en eût pu faire de plus instructives. Quoique cela fût du bien perdu pour Sanclio, il ne laissa pas d’en être si charmé, qu’il s’écria : Par la mardi, Monsieur, c’est à faire à vous ! comme vous enfilez toutes ces choses, vous seriez bon dans une chaire. Je veux mourir, si vous ne prêchez aussi bien que monsieur le curé, quand il prêche pour les dîmes. Mais à propos de saint Bernard , je me souviens que dimanche dernier le fils de Pedro Alonso, celui qui va à l’école, nous lut au pied de l'arbre qui joint le moulin, un certain livre; dame, c'est le plus beau livre! Oh, c’est bien autre chose que votre Flis Sanctorum ! Premièrement, avant que de lire le livre on voit au commencement du livre un chevalier