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autant de chevahersqu on \ voit de moucherons, je crois , l)i<’ii me pardonne, qu'ils auroient encore de l’occupa- I iondereste.Cen'csl |>ni'I< *ut qu’in justices, que trahisons, que torts à redresser. Ici la calomnie attaque l’ honneur, et déchire la réputation. Là les orphelins crient; et pour des demoiselles délaissées , je veux perdre ma préhende, si l'on voitautrecliose.il est vrai, dilDonQuicholtc, qu'à la honte «lu siècle la chevalerie errante est présentement négligée; mais il ne tiendra point à moi que cet ordre sacré ne soit rétabli; et si tous les hommes qui par leur courage et leur vertu sont dignes d être chevaliers errants vouloient m'imiter, nous ferions bientôt rendre justice à ces orphelins et à ces demoiselles dont vous parlez. lié oui, s’ils vouloient vous imiter, répliqua le chanoine, et c'est là le hic. Où trouverez - vous , s’il vo"s plaît, des gens capables de prêter le collet à des géants aussi hauts que des moulins à veut ? des gens qui soient assez hardis pour aller fondre sur une année entière comme sur un troupeau de moutons? Croyezmoi . seigneur Don Quichotte, on admirera vos actions ; mais je doute fort que quelqu’un les veuille suivre. Saneho,qui aidoit à servir, et qui tantôt s'approchant du buffet buvoit quelques coups à la dérobée, et tantôt servant de véhicule aux plats qui se desservoient, n'en laissoit guère retourner à la cuisine sans y tâter, entendant parler des exploits de son maître, prit bientôt part à la conversation : Seigneur licencié, dit-il, en interrompant le chanoine, vous oubliez le meilleur. Et l’aventure du moulin à foulon, est -ce une bagatelle à votre avis? Par la gerni, il me semble encore entendre ce bruit enragé qui me bouleversa tous les hoyaux dans
le ventre. Oh! mardi, pour le coup je sentis que le iils de ma mère avoit le frisson. Vous le fîtes bien sentir aussi à votre maître, lui dit Valentin en souriant : je ne dis pas le contraire, répondit l’écuyer; mais vous savez, seigneur Valentin, rpic quand une fois cela veut venir il n'y a point à dire, attendez : il faut que le coup parte, ou bien que le canon crève. Les chanoines se mirent à rire, et celui qui n’avoit pas encore parlé, prenant la parole, dit : Pour moi, je suis pour la pénitence que le seigneur Don Quichotte fit dans la montagne noire, à l'imitation du beau Ténébreux. Et la délivrance des galériens, s'écria Sancho, n'est-ce pas aussi un beau fait d'armes? et le combat du Biscaïen, et l’aventure des Yangois? Mais non, Messieurs, ajouta-t-il en se reprenant, laissons celle-là, je vous prie; qu'il n’en soit point parlé du tout, et pour cause. lié bien, notre ami Sancho, dit Valentin, il faut pour l’amour de vous passer cette aventure sous silence, de même que celle de votre bernement; et à mon égard, quand je relirai l'histoire de votre maître, que je garde avec soin dans mon cabinet, je vous promets, à ces vilains endroits-là, de tourner le feuillet sans le lire.
Don Quichotte fut merveilleusement étonné d’apprendre que Valentin avoit son histoire. Seigneur licencié, lui dit-il, seroit-il possible (pie le sage Àlquife, qui doit écrire toutes mes actions, eût déjà mis en lumière celles que j’ai faites? Ce n’est pas le sage Alquife, répondit Valentin, qui est l’auteur de l’histoire que j'ai ; c’est un autre auteur arabe, et qui se nomme, si je ne me trompe, Cid Hamet Benengely. Je ne commis pas ce négromant,ditDon Quichotte; mais n’importe, moutrez-
LIVRE 1, CHAP. \‘ moi, do grâce, son ouvrage. J v consens, j)iiis(|iie vous le voulez , répliqua Valentin, lin même temps il alla clans son cabinet , d’où il apporta un livre qu’il donna au chevalier. Vovons,ilit alors Sanclio, voyons pour plaisir si ce livre parle aussi de moi. IN’en doutez pas, mon cher ami, lui dit un chanoine; il parle même de votre âne. De mon âne! repartit l’écuyer. C’est donc de celui que me vola Ginesille de Passamont? car pour celui que j’ai à présent il n'étoit point avec nous l'an passé, llélas! le pauvre enfant, il fait cette année son coup d’essai de chevalerie; mais, pardi, s'il continue comme il a commencé, il lui faudra pour lui tout seul une histoire enlière. Cependant Don Quichotte ouvrit le livre, et tandis qu'il lisoit, les chanoines l’observoient attentivement. Il s’arrêta dès la première page à l’endroit oit l'auteur, en faisantson portrait, dit :«... Il étoit enchanté « des ouvrages de Felician de Silva, dont les galima- « tias embrouillés lui paroissoient des merveilles. Surfit tout il ne pouvoit se lasser de lire et d’admirer ces « lettres galantes et amoureuses , dont voici un des plus « beaux endroits : La raison de la déraison que vous « fentes à ma raison affaiblit si fort ma raison, que « ce n'est pas sans raison que je me plains de votre « beauté , etc.» Benengely , s’écria Don Quichotte en fermant brusquement le livre , est un imposteur, ou plutôt un calomniateur. Je vois bien bien qu’il n’a composé cet ouvrage que pour faire tort à ma gloire, en me faisant passer pour un fou dans l’esprit des gens qui ne me commissent pas. Il s’est hâté de prévenir le sage Alquife, mon historien fidèle, sachant bien que les premières impressions sont difficiles à effacer. Il m’accuse d’aimei
a8a DON QUICHOTTE,
les galimatias. Messieurs, je vous demande justice. Dites-moi si mes discours justifient cette accusation ' Vous voyez par-là qu’il faut lire avec sagesse les historiens anciens, et ne se dcfier pas moins de leurs reproches que de leurs louanges, puisque moi, vivant, un auteur ose me calomnier. Je déclare que je condamne le style de Félieian de Silva. Je ne suis donc pas charmé de ses méchants jeux de mots; et grâces au ciel, loin d'élrc assez dépourvu de lion sens pour cela, je me flatte que j ai même assez de goût pour trouver mauvais de meilleurs ouvrages que ceux de Félieian de Silva. Et je ne sais si je ne ferois pas une fort bonne critique de la (dilatée même. Il faut, poursuivit-il, que je vous récite quelques vers de ma façon. Ce n'est pas que je me pique d’être bon poète. C’est seulement pour achever de vous persuader que je n’aime point les galimatias; car si je les aime, cela doit paroî tre dans mes poésies plutôt que dans ma conversation, parce que vous savez que les poètes, en donnant l’essor à leur imagination, peuvent aisément s’éloigner du naturel, et donner dans le pliébus, si le jugement ne leur sert de règle. Les chanoines lui ayant t émoigné qu’ils seroientravis d’entendre ses vers : Voici, leur dit-il, un sonnet que je fis l’année passée sur la princesse Dulcinée, qui sortoil d'une grande maladie: