LIVRE II, CHAP. VII
Je m'avançai meme vers la maison dès que l’alguazil et ses archers y furent entrés; et me mêlant parmi les voisins qui étoient descendus dans la rue pour voir les choses de plus près, j’en entendis un qui disoit aux autres : Ils se disent frère et sœur; mais ils ne le sont que du coté d’Adam : c’est un aventurier de Cordoue, qui, depuis quelques mois, lient ménage à Tolède avec une drolesse de Séville, aux dépens des jeunes sots qu’ils attrapent; mais, pour leur malheur, ces deux fripons se sont joués à un greffier, qui, pour se venger d’eux, leur fait le tour que vous voyez.
A ce discours, tous les voisins se mirent à rire aux dépens du greffier, d’autant plus qu’ils le connoissoient pour un homme nouvellement marié; mais quoiqu’ils fussent bien aises qu’on l’eût dupé, ils ne laissoient pas d’applaudir à sa vengeance : tant il est vrai que personne ne plaint les malhonnêtes gens. On peut même dire que ce fut une comédie pour les témoins de cette aventure, quand ils virent l’alguazil et ses archers me ner en prison la dame tout en désordre, avec son galant bien lié et garrotté. Tour moi, malgré le souvenir de la cuve, je pris peu de plaisir à voir cette misérable femme dans l’état où elle se trouvoit. Je fus le seul des spectateurs qui en eût quelque pitié, quoique je fusse celui qui devoit en avoir le moins. Ravi pourtant de n’être plus dans l’erreur sur son compte, je retournai à mon hôtellerie, assez sot encore pour me flatter que l'autre dame étoit de meilleure foi : mais je l’attendis inutilement le lendemain presque toute la journée. Je ne revis pas même sa suivante; de sorte que, ne pouvant plus douter que je 11e fusse aussi la dupe de ce
côté-là, je me promis bien que désormais je serois en
garde contre le beau sexe..