‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 178 sur 322 · LIVRE lll, Cil A P. XII. V[.i · texte numérisé non relu

LIVRE lll, Cil A P. XII. V[.i

vertures, )e nie revêtis d'un autre habit aussi propre <{ue celui qui avoit été si bien ajusté par la pluie, et je me mis en état de me présenter devant l'ambassadeur, comme s'il ne me fut rien arrivé. J’attendis qu'il me demandai; ee ([il il ne manqua pas de faire sur la fin de son dîner. Il me fit entrer avec lui dans son cabinet, où il me dit : Pourquoi donc, Guzman, ne vous ai-je point vu ce matin.’ Je croyois que vous me viendriez rendre compte de ce ([lie vous avez, fait celte nuit chez l'abia. Il faut que vous ayez de mauvaises nouvelles à m’apprendre. Monseigneur, lui répondis-je, il est vrai que je n'en ai pas de trop bonnes à vous annoncer. Je ne sais ce que je dois penser de l'abia. J’ai passé la nuit dans la rue, sans avoir entendu parler de cette dame, ni même de sa suivante. Plût au ciel que vous n eussiez jamais conçu le dessein que vous avez formé. J)'où vient, me répliqua-t-il vous vous découragez bien facilement; peut-être quelque contre-temps n’aura pas permis à Fabia de faire ce qu’elle avoit résolu , ni même ;i sa soubrette de vous en avertir: quoi qu’il en soit, ne vous rebutez point, et retournez dès celte nuit au même endroit oii vous avez inutilement attendu ÎSTieoleta.

Je promis à mon maître de n’y pas manquer; et je 11e lus pas si tôt sorti de son cabinet, qu’un de nos valets d’écurie vint h moi , et me remit un billet de la part , me dit-il, d’une dame qui l'avoit prié de me le faire tenir. C’étoit la soubrette. Elle me mandoil qu’elle étoil fort surprise que j’eusse négligé dans la matinée de l’informer de ee qui s’étoit passé la nuit entre sa maîtresse et moi; que, pour réparer nia faute, je n’avois qu'à

l'aller trouver vers le soir clans la ruelle derrière la maison de Talna, et que, par la fenêtre basse que je connoissois, nous aurions ensemble une petite conversation. Ce billet ranima mon courage. Je me rendis sur les six lieures du soir dans la ruelle, qui, comme on l’a déjà dit, étoit fort étroite, et où il y avoit partout un pied de boue.

La suivante m’attendoit à la fenêtre, et d’abord elle me fît de grands reproches, qui se changèrent ensuite en compliments de condoléance, quand je lui fis un fidèle récit de ce qui m’étoit arrivé. Elle me parut extrêmement surprise du tour que sa maîtresse m 'avoit joué; et quoique je fusse en garde contre ses discours, elle ne laissa pas de me persuader qu elle n'y avoit aucune part.

Il faut observer que, pendant notre entretien, pour tenir une contenance plus galante, j’a vois le cou allongé, les jambes ouvertes; et e’étoit, comme tu vas l’entendre, me prêter au nouveau malheur que me préparoit ma mauvaise fortune. Il y avoit à un des bouts de la ruelle une écurie d’où il sortit tout à coup un cochon des plus gros, qu’on venoit d’en chasser à coups de haton. Cet animal irrité, ainsi qu’un taureau furieux à qui I on a ouvert la barrière, enfila la venelle de mon côté, et, me passant entre les jamhes, m’enleva de terre, et m’emporta sur son dos en grognant d’une manière épouvantable. J’embrassai le cou de la bête; et, me tenant à ses soies le mieux qu’il m’étoit possible, de peur de me casser un bras ou une jambe contre le mur, ou bien de tomber dans la boue, j’espérois me tirer d’affaire assez heureusement; mais mon coursier trompa

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