LIVRE III, C.H AP. XII. 34p
vous regarde 11e me permet pas de vous laisser ignorer un bruit qui se répand dans Home, et qui blesse votre réputation. Guzman, dont la conduite est fort mauvaise, passe pour le ministre de vos plaisirs : on ne s'entretient partout que de l'aventure du cocbon; et si l'on en veut croire la médisance, c’est en ménageant pour vous les bonnes grâces d'une dame que l’officieux Guzman a servi de jouet à la populace.»
('.es paroles firent toute l'impression qu’elles pouvoient faire sur l’esprit d'un bommetel que mon maître, qui savoit bien toutes les mesures qu’une personne de son caractère avoit à garder, tant pour son honneur que pour celui de son prince. Dès ce moment il résolut de se défaire de moi. 11 n’en témoigna rien; mais quoiqu’il affectât de vivre avec moi comme à son ordinaire, je le connoissois trop pour ne pas m’apercevoir de sa dissimulation et de la face nouvelle que mes affaires prenoient auprès de lui.
Le carême, qui arriva dans ce temps-là, lui fournit un beau prétexte pour commencer à exécuter le dessein qu’il avoit de me donner honnêtement mon congé. Il me dit qu'il avoit envie de se retirer du commerce des femmes, et de mener une vie plus réglée. Je t’avouerai même, ajouta-t-il , que 11e je suis plus follement épris de Labia. La raison m'est revenue; je reeonnois que j’ai le plus grand tort du monde d’avoir jeté les yeux sur cette dame. Son époux est un des premiers cavaliers de Rome, et je me reprocherai toute ma vie d’avoir voulu déshonorer sa maison.
Il me tint encore d’autres discours semblables que je feignis de croire pieusement. Je fis plus, j’applaudis
à sa résolution; et, contrefaisant à mon tour le pécheur qui rentre en lui-même, je lui dis que je prétendois suivre son exemple. Je changeai en effet de conduite; je fis toutes les grimaces hypocrites dont je pus m'aviser pour persuader aux domestiques, et particulièrement à mon maître, que j’avois renoncé pour jamais aux intrigues amoureuses.