LIVRE I, CH AP. VI
cessante, le meilleur petit veau <|ue vous ayez jamais vu. J'ai été fort mortifié dYtre oblige de lui ôter la vie , mais je n’ai pu faire autrement ; d me eoûloit trop à nourrir dans ee temps de secheresse. Pour imposer silence à ce maudit babillard, nous le priâmes, si la fressure étoit apprêtée , de nous en apporte)' promptement un morceau. J. Ile est prête, nous dit-il, et tout assaisonnée. A ces mots, il courut à la cuisine en faisant des gambades, et revint quelques moments après avec deux plats, dans l’un desquels il y avoit tle la salade, et dans l'autre une partie de la fressure de ce bon petit veau si regretté.
Je laissai mon compagnon se jeter sur la salade dont. ]e ne me souciois guère , et ]e commençai à manger de la fressure : elle n’avoit pas mauvaise mine; et ce qui m’en déplaisoit, c’est que je trouvois qu’il y en avoit bien peu pour deux ventres affamés : j avois plus tôt avalé un morceau que je ne l’avois dans la bouebe, et la faim ne me permettoit pas de juger de ee que je mangeois. L’ànier remarquant, à la façon dont je m’y prenois, que bientôt il n'y auroit plus rien dans le plat de viande, quitta la salade pour venir du moins me disputer les derniers morceaux, qui disparurent dans le moment. Nous demandâmes encore de la fressure ; le bourreau d'hôte nous en apporta moins «pie la première lois, pour irriter notre appétit et nous en faire souhaiter davantage. En effet, le second plat ne nou^ amusa pas long-temps, et lut suivi d’un troisième.
11 n’en fut pas tout-à-fait de celui-ci comme des fieux autres. Etant alors à demi rassasié , j’y allai un peu plus doucement , et je pouvois rendre plus de justice à la
i 8 1.1/ M A N D’A L FA R A C 11 F.
fressure ; je ne la trouvai plus si bonne , et je dis à l liote que s’il avoit quelque autre mets à nous servir, je le priois de nous l'apporter : il répondit que si nous voulions de la cervelle du même veau, d nous en feroit dans un instant un ragoût exquis, et qu’en attendant il nous donneroit une ami ouille faite des tripes et de la fraise de la même bêle; ce qui, disoit-il, étoit un morceau très friand. Je n’en portai pas un jugement si favorable lorsque j’en eus goûté ; elle senloit si fort la paille pourie, que j’en fis d’abord la grimace : je ne m’en plaignis pourtant point; je me contentai de lâcher prise et de laisser faire mon camarade, qui, mangeant toujours de la même force, dévora l'andouilleen moins de rien.
Enfin la cervelle arriva ; j’espérois qu elle ré-veilleroit mon appétit : elle étoit accommodée avec des œufs, de manière que c’étoit une espèce d'omelette; ce que l’indiscret, ânier n’eut pas sitôt remarqué, qu’il fit un éclat de rire : cela me chagrina; je m’imaginai que c étoit pour me dégoûter cl e cette omelette, en me faisant souvenir de celle de la dinée : je lui reprochai sa malice ; mais il n’en rabattit pas un ris, ce qui produisit une assez plaisante scène : car l'hôte qui ne savoit pourquoi l’un rioit tant , ni pourquoi l’autre se fàehoit ,* nous écoutoit en homme qui se croyoit intéressé dans cette affaire ; ne se sentant pas la conscience nette sut la cervelle, non plus que sur 1 andouille et la fressure, il se troubla comme un criminel à qui tout fait peur, et son trouble redoubla quand il m’entendit dire en colère à l imier que s’il continuoit à se moquer de moi. je jetlerois la cervelle contre le mur. L’hôte pâlit à ee>