‹ Œuvres de Le Sage (volume 5)Chapitre 210 sur 322 · LIVRE IV, CI! AP. Vf. l'H · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CI! AP. Vf. l'H

que j en recevrons d'elle un autre quelle alla prendre dans son cabinet, et qui étoit d'un plus grand prix que le mien. On eut dit, après cela, que nous étions déjà maries, tant nous devînmes familiers, .le ne sais pas même si dès ce jour-là je ne me lusse pas rendu maître du logis, si j’eusse été plus hardi; mais, outre que je eraignois de lui déplaire en faisant paraître de coupables désirs; j’avois trop d'amour et trop de respect pour être capable d'une pareille témérité.

Lorsqu'à mon retour de chez ma veuve j'appris à Sayavedra le résultat de mon dernier entretien avec elle, et que je lui montrai le gage qu’elle m'avoit donné de sa parole, il en pleura de joie. Courage, s’écria-t-il, vous avez le vent en poupe; vous allez à toutes voiles; vous entrerez bientôt dans le port. Ne manquez pas dès demain de visiter les parents de cette bonne dame; je suis persuadé qu’ils vous accorderont leur consentement. C’est à quoi il n’étoit pas nécessaire de m’exhorter. Ma maîtresse m'avoit nommé les plus considérables et bien instruit de leurs caractères, afin que je pusse me régler là-dessus. 11 y en avoit deux avec qui j’avois déjà fait connoissance; ils étoient à peu près de mon âge. J’aurois bien répondu de l'agrément de ceux-là. Je eraignois seulement certains barbons graves et flegmatiques, gens qui ne faisant rien que par compas et par mesure, voudroient me mener par un chemin fort long; ce qui ne vaudrait pas le diable pour moi , qui avoit tant d'intérêt ;i finir promptement cette affaire. Je vis donc dès le matin les parents en question. Les deux jeunes me dirent sans façon qu'ilsapprouvoient fort ma recherche, si elle étoit agréable à leur cousine, il n’en fut pas ainsi

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îles oncles, qui me répondirent que la chose regardoit loulela famille; qu’ils s assembleraient au premier jour, et que je ne tarderois guère à savoir ce qu’ils auroient résolu. Rien n’étoit plus prudent, et je ne pouvois trouver ee procédé mauvais, quelque chagrin qu’il me causât.

Je rendis compte l’après-dînée à ma veuve de toutes ces visites. Elle me dit qu’elle s’étoit bien attendue à la réponse qui m'avoit été faite, et que nous pouvions toujours, par provision , régler toutes les cérémonies de notre mariage, nous promettant de le célébrer avec toute la pompe convenable à des personnes de notre naissance, et ne doutant nullement que leurs altesses ne nous fissent l’honneur d’assister à nos noces. Au bout de trois jours, il vint chez moi deux des principaux parents de ma future, pour m’apprendre le résultat de leur délibération touchant ma recherche. Ils me dirent qu’ils envisageoient le dessein que j'avois sur leur parente comme une chose très honorable pour leur famille; qu’ils me prioient toutefois de trouver bon qu'ils exigeassent de moi, seulement pour agir avec plus de bienséance, que je fisse intervenir là dedans M. l’ambassadeur mon oncle; que son excellence n’a voit qu’à en écrire un mot au grand-duc, et une petite lettre de politesse à toute la famille, pour lui demander son aveu. Je me sentis terriblement ému à ce discours; et faisant tous mes efforts pour leur cacher le trouble qui ni agiloit , je leur répondis, avec une effronterie sans pareille, que s'il 11e falloit que cela pour les contenter, ils seroienl bientôt satisfaits; que je leur prometlois des lettres de l’ambassadeur pour tous les parents; tant en

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